—1 : La question

Il fallait que je lui pose la question.
Ça me démangeait. Ça me brûlait de l’intérieur. Je sentais que mon coeur faisait la gueule et qu’il serait capable de reprendre le boulot qu’une fois que j’aurais pris ce risque et entendu la réponse que j’imaginais.

Dans ma tête, toutes les manières de l’interroger ont été passées en revue. Il fallait que ça soit parfait. Comme toujours. Et paradoxalement, il y avait toujours ce petit bout de cerveau qui venait foutre sa merde en disant que je ne vivais qu’à travers des moments imparfaits, donc il fallait que je foire ça pour que ça puisse avoir un sens.

Elle ne me regardait pas. Elle avait une raison valable pour ça. Ce n’était pas de ma faute.
Donc il a fallu que je la dérange quelques secondes.

Elle tourna la tête. Et j’ai lâché ma bombe.
Elle a répondu.

Et comme souvent, je me suis dissocié. La partie visible de l’iceberg a essayé de faire bonne figure. De faire en sorte que les choses se passent bien. Eviter le conflit. Surtout ici.

La partie immergée a eu mal. Elle avait anticipé le choc, elle s’était couverte d’airbags, mais elle a eu mal quand même.

J’étais à la fois déçu, en colère, et soulagé. Un mix que je connaissais bien.

Donc la partie visible savait gérer ça. Mais pendant un moment, comme toujours, je voulais juste qu’elle détecte le mensonge, qu’elle arrache le masque et qu’elle me réconforte. Qu’elle prenne soin de moi. Qu’elle s’excuse.

Si elle l’avait fait, j’aurais essayé de lui faire comprendre que le mal était fait, et que c’était à moi de la rejeter. Pour qu’elle souffre.

Si elle l’avait fait, j’aurais accepté ses excuses, parce que j’avais besoin d’elle.

Mais bien sûr, la partie visible a bien fait son boulot, et elle n’y a vu que du feu. Ou alors, elle s’en foutait.

J’aime pas avoir de réponse.

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