—54 : This is the End…

Je commence l’écriture de ce récit dans un bus.
À elle pourtant, j’avais pris le temps d’expliquer qu’il ne fallait pas écrire sur les moments présents, histoire de trouver les mots justes (quête vaine par excellence).

Mais là, c’est différent.
L’impression d’avoir compris une chose.
La nécessité de me mettre en garde.

Je pense au film Memento de Christopher Nolan.
L’histoire d’un homme qui ne peut plus se souvenir de quoique ce soit depuis le meurtre de sa femme. Un homme en quête de vérité. Méthodique. Qui se retrouve à noter toutes les informations importantes de sa vie pour avancer vers une certaine forme de vérité.

Une scène en particulier me revient en tête.
Leonard (le héros) décide de donner un coup de main à Natalie (interprétée par Carrie-Anne Moss). Mauvaise idée, car elle profitera de la situation, en lui expliquant ouvertement de quelle manière elle allait si prendre, ne sachant que trop bien qu’il aura tout oublié dans quelques secondes.

Elle sort de la pièce.
Léonard panique, cherche de quoi écrire, ne trouve rien.
Elle rentre.
Il a déjà oublié.

Donc me voilà donc dans ce bus, à écrire pour ne pas oublier.

Ce soir, j’ai compris que les certitudes sont comme les vérités : c’est d’abord et surtout une question d’interprétation.

Je lui explique à quel point en ce moment, je suis plus paumé que d’habitude.

Que j’avais essayé de faire le point sur moi, de voir quelles options s’offraient à moi pour ne pas sombrer réellement à mon tour : j’aime bien les héros un peu paumés, parce qu’ils me semblent familiers, mais j’ai peur de trop prendre de plaisir à me morfondre continuellement.

De mes séances d’auto-analyse, il en était ressorti que depuis toutes ces années, je n’avais fait que fuir en avant, en essayant de me persuader que j’arrivais à aller mieux malgré son absence.

Sauf que la dernière claque en date à réveiller toutes les douleurs que je n’avais jamais soigné.

Bien sûr, elle avait déjà entendu ces mots dans le désordre durant toutes ces années. La mauvaise impression de faire du surplace. Alors que cette fois (comme toutes les autres), c’était différent. Je ne saurais dire en quoi, mais je le sentais du profond de mon être.

D’ailleurs, petit aparté, je me rends compte seulement maintenant qu’à chaque fois que je lui parlais de nous depuis notre rupture, j’avais l’impression de jouer ma vie. La même peur dans mes mots. Bref.

Elle répondait à chacune de mes phrases. Parfois passablement énervée. Parfois compréhensive. Mais toujours par un dialogue de sourd. En face de moi, celle qui connait tout de moi ne me comprenait pas. Une fissure de plus. Peut-être la plus importante.

Et vint le moment le plus difficile : je lui disais que selon moi, notre histoire était intemporel. Qu’on aurait pu se rencontrer maintenant, qu’on aurait pratiquement vécu la même chose.

Elle me répondit honnêtement que non. Même pas un « j’en doute ». Un vrai non.

De ce petit moment, j’en ai retiré beaucoup d’informations.
La principale étant qu’elle ne m’aimait plus.
Je m’en doutais, hein.
Et que j’avais même eu de la chance qu’elle m’aime un jour en fait.

Voilà. J’avais basé ma relation avec elle sur un hasard de calendrier en fait.
J’avais basé mes relations avec les autres sur un coup de bol.
Bien sûr, ce n’est pas ce qu’elle a voulu dire, mais c’est comme ça que je l’ai compris.

Donc, ce soir, je ne sais plus rien en fait.

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