—58 : Elle ?

Je ne me rappelle plus son prénom.
En même, je m’en fous un peu.

Cette situation est plus qu’improbable : je suis chez elle, j’ai ramené des croissants, et je ne sais pas ce que je fous là en fait.

J’ai peur de comprendre.
Ou alors, j’ai peur de mal comprendre.
Ou alors, j’ai peur de comprendre qu’il y a une troisième voie, et qu’elle est vraiment bizarre si c’est bien ça.

Je me dis que c’est un peu moche chez elle en fait.
Je ne comprends pas qu’elle puisse faire la fière dans cet espace.
En même temps, c’est pas elle qui a fait la déco.
Mais bon, ça en dit quand même pas mal sur son milieu.

On échange deux trois banalités.
On meuble.
Et part « on », j’entends « je ».

Je ne sais plus comment on en est arrivé là, mais maintenant, je suis au sol, au-dessus d’elle.
Je fais le truc le plus ridicule du monde : je la chatouille.

Elle rit.
Mais même son rire sonne faux.
Elle sait le pouvoir qu’elle a sur moi et sur les autres.

J’essaye de lire en elle en la regardant droit dans les yeux.
Cette fois, j’en suis certain : elle joue. Elle provoque. C’est son truc.

Je rentre dans son jeu.
J’essaye de l’embrasser.
Elle refuse.
Je me vexe. Je retente.
Elle ne s’énerve pas, mais n’accepte toujours pas.

Je le savais. Putain, je le savais et j’ai quand même essayé.
Je me rassure en me disant qu’elle avait obtenu ce qu’elle voulait, mais que je l’avais compris bien avant elle.

Ça sonnerait presque comme une victoire pour moi.

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