—118 : Et donc… Elle…

J’aurais beau savoir que les journées ont 24 heures, que le soleil se lève toujours à l’est, que les chiens ne font pas des chats et qu’on ne dit pas « au jour d’aujourd’hui », je dois me rendre à l’évidence : je ne sais pas tout.

Avant elle donc, je pensais connaître les règles et les codes. Je me sentais fort, certes, mais aussi seul. L’impression de ne pas avoir le loisir de me laisser porter par les choses.

Sauf qu’elle

Un faux départ.
Une seconde approche.
Une conversation.
Du rire.
Beaucoup de rire.
De la séduction. Elle d’abord.
Ses phrases qui sonnent justes, trop justes même.

L’impression d’être compris mais découvert.
Agréable mais déroutant.

La vie est vraiment pleine de surprises.

—114 : Suis moi, je te fuis… Etc…

En spectateur privilégié de ma propre vie, je remarque surtout que je suis extrêmement doué pour faire de mauvais choix.

Au moment où je devrais me battre pour elle, je baisse les bras.
Je me persuade que c’est pour le bien de tous, et des mois après, je réalise mon erreur.

Par contre, alors que la logique voudrait que je marche en regardant devant moi sans me retourner, je reste là, fier de lui montrer que de me rejeter 10 fois ne suffit pas et que j’arriverais à lui prouver qu’on est fait pour être emsemble, elle et moi.

J’ai déjà dû dire quelque part que parfois, je me mettais intentionnellement dans des situations complexes pour me sentir vivant : c’est indécent comme c’est évident.

—113 : Love : LV1

Pour elle, j’ai fait beaucoup d’efforts inconscients.
Tout en simplicité. Un vrai plaisir.

L’année d’après, on change tout.
Du coup, plus rien.
Sans elle, ça n’avait plus de sens.

Ma personnalité, mes envies… Toutes les choses anodines qui me caractérisent dépendent d’elles.

—111 : Bad / Fake Boy

On était tous dans la chambre, à ranger nos affaires.
Soudain, quelqu’un débarque pour nous prévenir : « Elle est entrain de pleurer, je crois qu’ils ont rompu ».

Bon, en même temps, ça faisait quoi ? Deux, trois semaines qu’ils étaient ensemble ?
Ça faisait bien des mois qu’elle me hantait. Tout le monde souffre maintenant.

Mais cette information doit rester secrète. Personne ne doit savoir les sentiments que j’ai pour elle.

Tout le monde parle, analyse, donne son avis sur la question. On étudie le pourquoi, le côté inévitable de la situation, tout y passe.
Pour faire le malin et pour brouiller les pistes, je gueule en disant que son ex était un gros connard, et que je lui casserai bien la gueule.

Et je donne un coup de poing dans le mur.

Un faux.
Genre « j’suis revolté ».
Mais assez fort pour que tout le monde puisse y croire.
Assez fort pour que je puisse avoir mal en fait.

Quel con.

L’un des spectateurs me fixe. Je fais de même.
Il doit croire à mon coup de sang.
Il me dit : « En même temps, toi, tu l’aimes ».

J’essaye de nier. Trop tard.
Tout le monde me regarde entrain de me décomposer de honte.

Depuis, quand je mens, je fais beaucoup plus attention.

—108 : A Crash Moment

Premier acte.

Je suis avec elle, dans sa ville, heureux.
Je suis complétement dépendant d’elle, de l’amour que je lui porte, de tout.
Elle transforme radicalement la personne que je suis.

Nous sommes donc ensemble, l’un en face de l’autre.
Je la regarde. J’enregistre le maximum d’images d’elle parce que bientôt, on sera de nouveau loin l’un de l’autre.
Beaucoup de bruits autour de nous, mais on ne se parle pas.
Les silences qui ne gênent pas, comme le dira plus tard Clementine dans « Eternal Sunshine ».

Je tourne la tête, le monde continue de tourner.
Je me fais la réflexion que les hasards de la vie font que les passants se croisent sous mes yeux.
Si ce mec s’était réveillé une seconde plus tard ce matin, il n’aurait pas bousculer cette fille par inadvertance, et je ne l’aurais pas remarqué. Et je peux appliquer cette règle à toute ma vie.
À une seconde près, j’aurais pu la rater elle.

Second acte.

Des mois qu’elle me parlait de ce film.
Collision. (Crash en V.O.).
L’histoire d’une foule de personnages qui ne se connaissent pas au début du film, qui ne se connaîtront toujours pas à la fin, mais dont on verra l’influence qu’ils auront les uns sur les autres, comme un témoin privilégié du fil du « destin ».
Le film n’est pas réellement triste, mais il dégage une certaine forme de mélancolie.
Après les 1h48 du film, je suis en larmes.
Et je la remercie de m’avoir montré ce film.
Elle a bien fait d’insister.
Et je ressens comme un écho.

Troisième acte.

Si je ne l’avais pas connu lui, je ne l’aurais pas connu elle.
Si je ne l’avais pas connu elle, je ne l’aurais pas connu elle non plus.
Et si je ne l’avais pas connu elle, je ne serais pas entrain de l’écouter dans ce restaurant.

Des années qu’on se croise, qu’on se perd de vue, qu’on se retrouve par hasard, etc.
Elle me fait le point sur sa vie, ses deceptions sentimentales, ses envies,…
Pour une raison particulière, elle me parle de ce groupe musical. Ce n’était pas la première fois que ce nom revenait sur le tapis, mais pour une fois, je comprenais mieux.
J’hésite à l’écouter.
Peut-être plus tard.

Quatrième acte.

Elle va se coucher.
Avant d’aller dans son lit, un ultime message : « Si tu veux penser à moi, tu peux écouter… » avec une liste pas trop longue de chansons.
Dedans, l’album d’un groupe dont je connais très bien le nom malgré moi.
Ça me fait sourire.

Je me dis que les hasards n’existent pas.
À une seconde près, je n’aurais jamais écrit toutes ces lignes.

—105 : J’ai rendez-vous avec elle

Il m’avait manqué, ce petit rituel…

Aujourd’hui, j’ai rendez-vous avec elle.
Je ne sais pas trop comment ça va se passer, je suis en mode « expectation / reality ».

Il n’empêche que je suis là, entrain de le préparer, devant ce miroir.
Au même moment où je me critique principalement pour mes choix vestimentaires ou sur la longueur de mes cheveux, je me fais la réflexion que cet instant est précieux.

Ma tête fait pause.

Je regarde en arrière, et je me rappelle de ces doutes, de ces douleurs que je me traîne depuis des jours, persuadé que je ne vivrais plus jamais de moments agréables avec une fille.

Je regarde en avant, en me disant que si ça se trouve, dans quelques années, je me souviendrais encore de cet instant précis, quand je me préparais à la voir et que je doutais de moi.

J’aime bien cette pause, parce qu’elle l’a déclenchée.
Parce que oui, tout à l’heure, j’ai rendez-vous.

—103 : My eyes, my mind…

Il y a des compliments qu’on n’oublie pas.
Qu’ils soient vrais ou non.

Le premier (ou du moins le premier dont je me souviens), il vient d’elle, pendant une baston de regard :

« Non mais je peux pas me concentrer, j’aime trop tes yeux ».

Fierté et méfiance.
Je garde cette phrase dans ma tête pour me rappeler que parfois, on me dit de belles choses.

—102 : L’acte romantique

Ce soir là, j’étais avec mes potes.
Une soirée habituelle, à rire et à penser que demain se ferait avec nous ou ne se ferait pas.

Et je l’aimais.
J’aurais pu interroger toutes les cellules de mon corps, il n’y aurait eu aucun doute sur le sujet.

Donc me voilà physiquement avec mes amis garçons à me déplacer dans ces rues familières, alors que ma tête ne pensait qu’à elle.

À un moment, je ne tiens plus : je dois la voir.
D’où le « Les mecs, je suis désolé, mais je dois la voir » que j’ai sorti à ce moment là.

Il devait être 23h.
Il aurait pu être 3h du matin.
C’était pareil.

La seule chose dont je me souviens, c’est que j’ai escaladé un mur assez haut pour atteindre sa fenêtre.
Le premier promeneur nocturne aurait pu penser que j’étais parti pour cambrioler un appartement.
Je me disais juste que j’étais entrain de faire un acte romantique pour dire à ma petite amie que je pensais à elle.

Bon, par contre, la réveiller, et la voir faire la gueule pour ça, ce n’était pas prévu au programme.

—100 : Le petit chaperon rouge

Nous y voilà. La centaine.
J’ai longtemps hésité sur l’importance de l’histoire qui allait avoir l’honneur d’avoir les trois premiers chiffres.

De toutes les Elles qui ont bousculé mes sens, laquelle devait se retrouver dans la lumière ? Bien évidemment, à me poser cette question de toutes les façons possibles, j’en étais presque arrivé à établir une hiérarchie, un système de classement, de rangement : Les importantes, les officielles, les tentatives, etc…

Quand soudain, « le petit chaperon rouge » fit surface…

« Le petit chaperon rouge », c’est cette fille sortie de nulle part, et qui, dans son panier, m’apportait quelques bribes des fantômes passés…

L’histoire me semblait terriblement familière : les mêmes actions déclenchaient les mêmes conséquences. Sauf que les secondes fois sont souvent l’occasion de rattraper les petites erreurs précédentes.

Avec elle donc, j’ai trouvé une certaine forme de paix sur mes interrogations incessantes. Je n’avais plus besoin de me demander ce que j’aurais dû faire dans d’autres circonstances car justement, je pouvais revivre la scène.

Le petit chaperon rouge se parfumait à la seconde chance.

De là à croire qu’effectivement, les signes existent…

—99 : Vraiment dure était la chute…

Des mois, des semaines, des jours et donc quelques heures après…
Bad Feeling.
Epuisé.
J’ai juste envie de l’appeler pour lui raconter ma journée et trouver ce réconfort.

Merde.
Elle est plus là en fait.

C’est drôle cette faculté qu’à mon corps, mon âme, mon esprit ou que sais-je encore, à me faire des (mauvaises) surprises de ce genre.

Des mois, des semaines, des jours et donc quelques heures que je pensais aller mieux bien. Ben non. Je découvre que je ne peux même pas me faire confiance sur ce point.

En même temps, si je savais un minimum où j’en étais et vers où je me dirigeais, ça ne serait pas arriver. Enfin… Je crois…

Donc voilà, à l’heure du bilan, malgré ces nombreuses blessures, je suis assez confiant.
Donc c’est aussi un Good Moment.
Ce 99ème passage n’a rien de cyclique, même si je connais déjà ces symptômes.

Je sais juste que l’histoire ne s’arrête pas là.
Et j’espère un jour vous parler d’elle.