Je suis chez elle.
En face d’elle.
Non mais je suis chez elle quoi !
Le fait d’être là, ça change tout. Je ne sais pas gérer.
Comme dans les vieux films, j’ai l’impression que le temps passe au son de l’horloge.
Alors qu’ici, tout est numérique. C’est dire à quel point je m’imagine des trucs.
Sérieusement, ce silence me tue.
J’ai l’impression que le premier son qui sortira de ma bouche me condamnera à ses yeux : le mec qui lui a dit de la merde, chez elle !
Pourtant, ma voix, elle la connaît. En dehors de ces murs, je n’ai aucune difficulté à exprimer la moindre de mes pensées inutiles.
Ici, j’ai l’impression qu’un jury de patinage artistique n’attend qu’une chose, à savoir noter mon ramassage en beauté après un triple lutz vocal.
Pourquoi elle ne parle pas à ma place ?
Elle a pas à être stressée, elle est en territoire connue.
À moins que…
Oui, c’est clair, elle s’emmerde. Ma présence l’emmerde. Elle a dû se sentir obligée de m’inviter. Elle a beau me soutenir le contraire depuis plusieurs jours, il est évident qu’elle ne m’aidera pas sur ce coup là. Il faut que je trouve quelque chose pour faire en sorte que ce rendez-vous démarre enfin…
« Et sinon, t’as toujours mes lettres ? »
Triple lutz.
Je mange la glace.
0.0 pour les six membres du jury.
