« C’est peut-être con ce que je vais te dire, mais j’ai juste envie de t’embrasser ! »
Oh que oui, c’est très con de ma part, ça. Parce que c’était pas trop le sujet principal, et puis au cas-où je ne l’aurais pas remarqué, c’est une fille qui a juste besoin de mon soutien, pas de mes envies soudaines.
« Oooooooohhhhhh ! »
Attends. Attends. Elle vient de faire « Oooooooohhhh ! » ???
Elle est pas choquée ? Elle se sent pas trahie ?
Est-ce qu’elle a bien compris que ce n’est pas un « Big Hugs » de réconfort que je veux lui faire ?
Y’a un petit doute là. Parce qu’elle tend ses bras vers moi.
Bon, maintenant que j’ai déclenché cette suite d’événements, je ne peux plus faire marche-arrière. Dans ma tête, j’avais tellement prévu le refus que je ne sais plus trop qui je suis là. Mais c’est tellement bon.
Je m’approche d’elle, mes bras en avant, et ma tête se rapproche de la sienne.
Le temps s’arrête. Si ça se trouve, elle veut un câlin et un bisou sur la joue. Non, c’est clair qu’elle veut ça. C’est pas possible autrement.
Mais dans le doute, j’avance droit vers ses lèvres. J’ai largement le temps de dévier au dernier moment, et sauver la confiance qu’elle me porte.
Et en fait non, j’ai pas le temps. On est entrain de s’embrasser. Vraiment.
Et même si j’ai un peu honte, j’aime ça.
Je ne veux pas la faire souffrir. Je ne veux pas qu’elle pense que j’abuse de la situation.
Mais je lui fait aussi comprendre que ce baiser n’est pas anodin. Que je tiens à elle, malgré ce moment qui ne se reproduira peut-être pas.
Il n’y a pas de silence quand on arrête notre baiser. On recommence notre conversation. Mais on reste conscient de ce qui vient de se passer. On a le sourire d’ailleurs. Et de la voir sourire, c’est la plus belle chose que je retiens de cette soirée.
On continue de discuter. On va d’un point à un autre. Je l’écoute. Je lui dis ce que je pense de telle ou telle chose, et je l’écoute encore. Je lui dis qu’il y a des chances que je veuille l’embrasser à nouveau plus tard. Je me sens con parce que j’ai l’impression de ne pas savoir me tenir et ne penser qu’à moi. Elle sourit. Et je l’écoute encore.
On se dit au revoir. Je vois qu’elle est triste. Pas à cause de moi. Et là, j’ai juste envie de la faire se sentir mieux. J’insiste sur ce point. Il faut qu’elle aille mieux. Parce que j’ai envie d’aller mieux aussi, donc si j’arrive à la faire remonter à la surface, j’arriverais à le faire avec moi.
Elle me serre dans ses bras. Je la serre dans les miens. Je veux inverser la tendance et trouver LA phrase qui effacera ses vraies douleurs. Je veux croire que cette phrase existe, donc je la cherche pendant notre étreinte.
Bien sûr, je ne trouve pas les mots. Et j’ai pas envie de la retenir contre son gré. Il faut qu’elle rentre se reposer. Je repense à cette seconde envie de baiser quelques heures plus tôt, et je me sens con à l’idée de savoir qu’elle s’imagine que si je suis encore là maintenant, c’est pour avoir ma récompense.
Je tiens à elle. Je veux la garder avec moi pour prendre en charge toutes ses idées noires. Je veux qu’elle parte pour qu’elle sache que je peux veiller sur elle à distance, avec ou sans baiser bonus.
Elle commence à s’en aller. Et on s’embrasse à nouveau. C’est un baiser d’espoir. Il a un sens. Je le pense sincèrement. Et elle rentre.
Je sais pertinemment que ce n’est pas grâce à moi ou grâce à ça qu’elle ira mieux. Mais j’ai l’impression qu’on a passé une bonne soirée quand même.
