—80 : Comme une veille de rentrée des classes

Je suis là, dans ma chambre, dans mon lit, il fait noir.
D’un seul coup, l’évidence me revient en tête : demain, c’est la rentrée.

Je panique sans aucune raison valable.
Ce n’est pas comme si je venais de le découvrir. Un peu plus de deux mois que j’anticipe cette date.

Mais voilà, cette pensée soudaine m’empêche de dormir. Bien que l’évènement soit anodin, je me rassure en imaginant toutes les possibilités de la journée de demain.

J’ai à la fois hâte et peur d’y être.

Je ne sais même plus à partir de quel jour j’ai commencé à barrer les jours. Mais aujourd’hui, nous sommes le 24 décembre, il est 8h52. Dans exactement quinze heures et huit minutes, on pourra ouvrir les cadeaux.

Mais là, il est toujours 08h52.

Puis à un moment, il est 14h06.

Et là, 19h47.

On est à table. Je mange du pain. Je regarde ma montre. Je bois de l’Oasis. Je regarde ma montre. Je me dis que je devrais essayer de ne pas regarder ma montre. Je regarde ma montre.

Il est 20h32.

Je me dis que c’est bien les heures en vingtaine. Ça sent la fin.
Je commence à imaginer les cadeaux qui m’attendent. Est-ce que ma liste aura été respectée ? Est-ce que je serais déçu ?

Il est 23h59.
Il est minuit.

J’attends trois secondes pour voir si quelqu’un d’autre se dévoue… personne.

« Il est minuit ».
« Oui, mais on mange là ».

J’ai juste envie de pleurer.

Demain, je la vois.
Je suis impatient.

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