—18 : Elle et lui

Autour de moi, les gens rigolent. Donc je les imite. C’est assez facile à faire en fait.
Je crois passer une bonne soirée, mais je sais que ce n’est pas le cas.

Il me dit que c’est à moi de jouer. Je sors de mes pensées, en espérant que personne n’a vu que j’avais eu un autre moment d’absence.

Je me lève, je me place devant la table, je me concentre… Ils arrivent tous les deux dans mon champ de vision, pile en face de moi.

Je ne réalise pas. C’est juste une blague. Ça doit être une blague. C’est pas possible autrement.
La scène est tellement dramatique que j’ai l’impression qu’elle a été écrite pour être jouer comme ça. L’angle est juste parfait, le timing impeccable. Si on voulait me faire mal ce soir là, ils ne pouvaient pas faire mieux.

Je ne sais pas combien de temps je suis resté à les fixer, le regard furieux, la bouche ouverte, mais il faut que je sorte maintenant. Pour le style, je gueule un peu dans le bar, je pousse des gens, il est hors de question de partir discrètement, ça serait beaucoup trop simple pour eux.

Je suis dehors. J’ai une montée d’adrénaline. Cette colère est saine en fait. Il faut que ça sorte.

Quelqu’un vient me rejoindre, me demande des explications.
Je m’exécute.

Pourquoi lui ? Non mais vraiment, pourquoi lui ?
Quelques jours avant, elle me disait que ça ne pouvait pas marcher entre nous, parce qu’on ne se connaissait pas en fait. Et lui, il débarque dans la journée, elle lui parle cinq minutes, et ils s’affichent déjà devant moi ? La foutue exception qui confirme la foutue règle ?

Pourtant, il sait. Dès son arrivée, je lui ai raconté toute l’histoire. Il sait qui elle est. Il connait notre histoire.

Non, c’est juste pas possible. Ils ont dû se mettre d’accord pour me cracher à la gueule et rire ensuite. Il faut que je rentre. Je ne peux pas rester là.

Le lendemain, l’ambiance est tendue.
Nous sommes tous sur la plage.
Tout le monde les félicite. Du coup, j’ai l’impression que tout le monde me plante un couteau dans le dos. Vous voyez pas que je souffre ?

Je fais bien la gueule. Je veux pourrir l’ambiance.
Mais pendant qu’ils affichent leur bonheur, je n’oublie pas que ma colère est déplacée. C’est un juste retour des choses, parce que j’en ai fait souffrir une autre.

Je n’ai que ce que je mérite en fait.

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