—64 : … vient de se connecter.

Bon… elle.

Journée habituelle, déprime non avouée, présence sur le net.
Elle se connecte. Ça faisait longtemps tiens…

Très vite, on retrouve nos marques.
On se raconte nos vies, je redécouvre la sienne. Sa « nouvelle » vie.

Sans le savoir, d’une phrase à l’autre, nos rapports changent.
Doucement, les conversations du matin se terminent en pleine nuit.

Puis, rapidement, je rajoute le mot « petite » devant « amie ».

—63 : Un putain de « coup de foudre »

Un coup de foudre !
UN PUTAIN DE COUP DE FOUDRE !

On était tous ensemble, à ne rien faire, mais à le faire bien.
Pause.

Là, je la vois.

Coup de foudre donc !!!

En temps normal, j’ai beaucoup de mal à faire comprendre à l’autre qu’elle me plait.
Là, c’est forcément pire.
On ne se connait même pas.
Mais il faut absolument que je m’exprime.
Je dis n’importe quoi. Je comble mon manque de confiance avec n’importe quelle phrase qui sonne jolie dans ma tête.

Elle sourit.
Mais elle ne comprends pas.
Logique. Y’a trop de monde ici, on a pas assez de temps.

J’ai chaud.

Fin de cette pause.
On s’en va.
Je passe la journée à penser à ces quelques secondes.

Deux jours après.
Je retourne dans ce lieu où le coup de foudre a eu lieu. Elle n’est pas là.
Le lendemain.
Pareil.
Le lendemain.
Pareil.
Le lendemain.
Pareil.
Le lendemain.
Pareil.
Le lendemain.
Elle est là.

Je n’ose toujours pas lui parler. Je demande à quelqu’un de lui faire passer le message.
Puis j’assume. J’y vais.
Elle me dit « j’ai un mec ».

C’était trop beau.

—62 : Même heure, même lieu…

Écrire ici, c’est aussi l’occasion de me faire surprendre par mes propres souvenirs.

Parfois, tout se joue en une seule seconde.
Cette seconde qui fait qu’à ce moment là, on croise une personne, on parle d’un sujet, on prend une décision…

Ce jour là, elle était avec son frère.
Elle me propose de faire un tour avec eux. J’accepte.

On passe un excellent moment.
On décide de se faire ça chaque semaine, même heure, même lieu.

Quelques années avant, j’avais eu la même idée en rencontrant cette « elle » là.
Tout se répète.

La semaine d’après, on se revoit. Toujours la même bonne humeur.
La semaine d’après, elle n’est pas là. Je crois que son absence me rend presque amoureux.
La semaine d’après, elle est là. Je lui fait part de ma prise de conscience.

Je brise un truc.

La semaine d’après, je reste chez moi.
Mais j’ai aimé ce dernier mois.

—61 : Les prénoms

Il y a des prénoms qu’on n’oublie pas.
Le sien est gravé à jamais dans ma tête.

La raison est à la fois évidente et absurde.
Je n’ai pas de souvenirs particuliers avec elle.
Je me demande même si elle se souvient de moi.

—59 : L’heure des comptes…

Qu’est-ce que je ferais sans elle ?
Je ne sais pas combien de fois elle m’a vu pleurer, me plaindre, douter… Et elle est encore là.
J’essaye de lui faire comprendre que je n’ai pas confiance en moi, que jamais personne ne m’aimera.
Elle me dit exactement le contraire.

Elle n’est plus là, mais elle avait vu juste.
Depuis, il y a eu tellement de « Elles » dans ma vie que j’en écris des lignes et des lignes.

—58 : Elle ?

Je ne me rappelle plus son prénom.
En même, je m’en fous un peu.

Cette situation est plus qu’improbable : je suis chez elle, j’ai ramené des croissants, et je ne sais pas ce que je fous là en fait.

J’ai peur de comprendre.
Ou alors, j’ai peur de mal comprendre.
Ou alors, j’ai peur de comprendre qu’il y a une troisième voie, et qu’elle est vraiment bizarre si c’est bien ça.

Je me dis que c’est un peu moche chez elle en fait.
Je ne comprends pas qu’elle puisse faire la fière dans cet espace.
En même temps, c’est pas elle qui a fait la déco.
Mais bon, ça en dit quand même pas mal sur son milieu.

On échange deux trois banalités.
On meuble.
Et part « on », j’entends « je ».

Je ne sais plus comment on en est arrivé là, mais maintenant, je suis au sol, au-dessus d’elle.
Je fais le truc le plus ridicule du monde : je la chatouille.

Elle rit.
Mais même son rire sonne faux.
Elle sait le pouvoir qu’elle a sur moi et sur les autres.

J’essaye de lire en elle en la regardant droit dans les yeux.
Cette fois, j’en suis certain : elle joue. Elle provoque. C’est son truc.

Je rentre dans son jeu.
J’essaye de l’embrasser.
Elle refuse.
Je me vexe. Je retente.
Elle ne s’énerve pas, mais n’accepte toujours pas.

Je le savais. Putain, je le savais et j’ai quand même essayé.
Je me rassure en me disant qu’elle avait obtenu ce qu’elle voulait, mais que je l’avais compris bien avant elle.

Ça sonnerait presque comme une victoire pour moi.

—57 : Un jour oui, un jour non…

Elle dit que je suis « trop gentil »…
Je veux bien la croire, mais je ne sais toujours pas ce que ça veut dire. « Trop gentil » par rapport à quoi, à qui… Est-ce qu’il y a une moyenne à respecter ? Est-ce vraiment un handicap d’essayer de faire au mieux ?

Des semaines que je pense à elle.
C’est bizarre comme le destin semble faire de votre vie une chorégraphie parfaitement maitrisée.
J’en rencontre une.
Je lui dis que même si je ne la connais pas, je sais exactement avec qui elle pourrait être.
Elle vient avec ses amies (dont elle), je fais les présentations.
Elles sortent avec mes potes, je me retrouve seul.

Les chiffres impairs, ça ne devrait pas exister.

Des semaines que je pense à elle.
Elle me dit que c’est fini avec lui.
Je suis triste pour elle.
Je suis (un peu) heureux pour moi.
On discute.
Elle me dit quand fait, c’est avec un mec comme moi qu’elle devrait être.
Cette phrase résonne dans ma tête. Ai-je bien entendu ? Le temps appuie sur la touche « pause ».

J’analyse. Je doute de la véracité de cette phrase. J’ai envie d’exploser de joie. Je reste calme. Je sais qu’elle vient de le quitter. Je doute de moi. Je place cette déclaration dans la catégorie « je me souviendrais toujours de ce moment ». Je la regarde. Je baisse les yeux. Je me demande si elle a vraiment dit ça. Je me vois entrain de bloquer sur cette information à travers ses yeux. Je me demande depuis combien de temps je suis dans cet état. Les secondes sont devenues des heures. Je me bouffe une baffe pour faire repartir la machine. J’enchaine.

Je lui demande donc si ça veut bien dire ce que je pense.
Elle répond oui.
Elle ajoute même qu’elle veut sortir avec moi.

Je suis « trop gentil ».
Je lui explique qu’elle vient à peine de rompre avec lui.
Que j’ai moi aussi envie de sortir avec elle, mais qu’il faut qu’elle se donne un peu de temps.
Qu’elle y réfléchisse tranquillement, ce soir, chez elle.

J’ai envie de l’embrasser.
Je ne fais rien pour.

Cette nuit-là, je réfléchis à sa place.

Est-ce que je dois prévenir mon pote ?
Je me dis que non, car il savait mes sentiments pour elle avant qu’ils se mettent ensemble.

Est-ce que je saurais la rendre heureuse ?
Normalement oui, vu qu’elle m’a dit que c’était avec un mec comme moi qu’elle devrait être.

Le lendemain.
Elle frappe à ma porte.
Mon coeur bat plus vite.

« Tu veux parler ici ou on sort ? »
On sort.

J’ai l’impression qu’elle a ma vie entre ses mains.
J’attends sa « réponse ».

« J’en ai parlé avec la soeur hier et… [BLABLABLA / SOUVENIRS FLOUS] en fait, c’est mieux si on sort pas ensemble ».
Je souris. Je dis que je comprends. Que j’ai bien fait de lui dire de réfléchir.

PUTAIN !!!
Je suis « trop gentil ».
En 24 heures, je l’ai touché du doigt et la revoilà des kilomètres de moi. Inaccessible une fois encore.
Je me déteste pour avoir été raisonnable.
Je suis fier de moi parce que je n’ai pas abusé d’une situation.

—56 : Rendez-vous chez elle

Il y a des premières fois qui marquent.

La première fois que je suis allé chez elle… je me suis perdu en route.
Disons qu’on ne s’était pas trop compris sur le sens de « là, tu tournes à droite ».

Il faisait nuit. Il était tard.
Je n’avais pas de smartphone avec GPS intégré. Je n’avais pas de téléphone en fait.
J’avais le choix entre rentrer chez moi ou errer dans les rues jusqu’à trouver sa maison.
Je suis resté.

Je repense aux chemins improbables que j’ai pris.
J’avais tellement envie de la voir que j’avais laissé de côté la logique.

J’ai encore le sourire quand je me revois entrain de demander à la police de m’indiquer la route.
Je l’ai encore plus quand je repense à son soulagement quand je suis enfin arrivé chez elle… avec presque 3 heures de retard.

3 heures de moins dans notre histoire.

—55 : D’homme à homme

« De ces rejets si nombreux, de toutes ces joues tournées, de ces jalousies enfantines et ces frustrations adolescentes date mon addiction aux lèvres de femmes. Quand on a tant essuyé de refus et tant espéré sans oser, comment ne pas considérer chaque baiser comme une victoire ? Je ne parviendrais jamais à me défaire de l’idée que toute femme qui veut bien de moi est la plus belle du monde.

On peut oublier son passé. Cela ne veut pas dire qu’on va s’en remettre. »
Frederic Beigbeder – Un roman français

J’aurais du le comprendre bien avant
: j’aurais beau parler d’elles, il faut avoir été un homme timide pour me deviner qui je suis en dessous de la surface visible.

—51 : « Vous avez un nouveau message »

Je l’aime. C’est indéniable.
Mais surtout, elle arrive encore à me surprendre.

Petite pause.
J’allume mon téléphone, et je découvre que j’ai un message sur mon répondeur.
Je l’écoute.

Elle ne parle pas.
Mais elle me laisse 4 minutes et 46 secondes de musique.
Une chanson que j’adore. Elle me connaît bien.

Je l’imagine sourire.

Et je l’aime un peu plus à ce moment précis. C’est indéniable.