—15 : Gordon Sanchez – Tout se dire

Je me suis toujours moqué des personnes qui faisait des déclarations à travers des chansons.
J’aurais mieux fait de me taire.

Gordon Sanchez – Tout se dire
En écoute sur Deezer

Puisqu’il faut tout se dire
On s’est trompés, c’est sûr,
À force de mentir,
On s’est tués à la dure.

Puisqu’il faut en parler,
Faire acte de bonne foi,
Non je n’ai pas aimé, tout de toi.

Puisqu’il faut tout écrire,
À plat sur le papier,
Pour gratter nos erreurs,
Pour en crever l’abcès.

Ton excès de cynisme,
Ma dévorante présence,
Rendaient plus pathétique,
Nos quotidiennes absences.

Comme une tâche d’encre,
Sur un papier très blanc.
Comme des tâches d’encre…

Et puis penser,
Comme des chiens,
Que tout ce mal s’efface en un revers de main,
Bien supposé,
Qu’on s’en tirera,
Sans les stigmates de nos sanglantes amours.

Puisqu’on peut tout se dire,
Désormais qu’on est frères,
Comme ami,
Comme rien,
Comme rencontrés d’hier,

Je n’aimais que les heures,
Où nos peaux en mission,
Recherchaient à tâtons leurs âmes sœurs.

Et il faut parler franc,
Car aujourd’hui sonne l’heure,
Des adieux déchirants,
Oubliés en un quart d’heure.

Nos grimaces et nos rires,
Les rictus de nos flammes,
Décliner au couteau,
Ta joue contre ma lame.

Comme une tâche d’encre,
Sur un papier très blanc.
Comme une tâche d’encre…

Et puis penser,
Comme des chiens,
Que tout ce mal s’efface en un revers de main,
Bien supposé,
Qu’on s’en tirera,
Sans les stigmates de nos sanglantes amours.

Comme il faudra en rire,
Regarder de plus loin,
Le meilleur et le pire,
De nos beaux jeux de mains.

Et puis oublier tout,
Comme on part en vacances,
Ne garder que dégoût,
Comme souvenirs de nos trances.

Je garderai de toi,
Le mal et le mauvais,
Les beuglements de voix,
Les silences avariés.

J’en garderai aussi,
Du mépris pour les femmes,

Décliner au couteau,
Ta joue contre ma lame.

Comme une tâche d’encre…
Comme une tâche d’encre…

Et puis penser,
Comme des chiens,
Que tout ce mal s’efface en un revers de main,
Bien supposé,
Qu’on s’en tirera,
Sans les stigmates de nos sanglantes amours.

Et puis penser,
Le temps en plus,
Que l’on ne se reverra plus.

Et puis penser,
Calme et sans joie,
Qu’on ne se reverra pas.

On ne se reverra pas…
Je ne te reverrais pas…
On ne se reverra pas.

—14 : La danse

Elle était juste à quelques mètres de moi. Mais elle dansait avec lui.
Un moment difficile.

Quelques jours avant, tout allait bien. Je venais de passer une soirée exceptionnelle en sa compagnie. Le genre de soirée où l’on se pince mentalement pour être certain de la véracité de l’instant. Je la quittais, avec le sourire, en pensant déjà au lendemain.

Puis les choses ont basculé en une seule nuit. Une suite d’événements que personne n’aurait pu imaginer. Surtout pas moi.

Donc là, elle dansait avec lui. Et je la regardais.
Il lui parlait à l’oreille. Mais je n’étais pas jaloux.

Je me disais juste que j’avais bien merdé. Que je n’avais pas mon mot à dire. Mais qu’elle devait savoir à quel point j’étais désolé.

La chanson s’arrête. Il vient me voir.
« Elle veut te parler« .
Elle s’avance vers moi, puis elle prend ma main. Je ne comprends pas.

On danse.
Je ne comprends toujours pas. Mais je profite juste de ce doux moment.

Elle me parle. Je sursaute.
Est-ce que j’ai bien compris ?
On s’embrasse. J’ai juste les larmes aux yeux.

Elle a le sourire quand je la regarde.
On tourne. On danse. Et je le regarde. Il me fait un clin d’oeil. Je ne sais pas comment le remercier.

Cette fois, il est hors de question de la perdre.

—13 : Boum. Rechute.

Quitter quelqu’un, c’est dur.
Se faire quitter, c’est pire.

Pendant qu’elle tourne la page, je revis continuellement l’histoire pour savoir à quel moment, j’ai merdé.

Pendant qu’elle avance, je tourne en rond.
Quand elle pense à son avenir, je pense encore à elle.

Elle me fait souffrir par son absence.
Je cherche juste un moyen de lui faire encore plus mal.

—12 : Les étoiles

Il y a des souvenirs qui résistent parfaitement au temps. Tant mieux.

On était là, assis l’un à côté de l’autre, à faire semblant de ne pas comprendre la situation. Ou plutôt, à attendre que l’autre fasse tout le boulot.

J’ai levé les yeux au ciel. Elle aussi. Et il faisait nuit.

Je bloque. Pendant quelques secondes, je ne pense plus au pourquoi de notre présence ici, mais à cette incohérence naturelle.

« Attends, je rêve ou toutes les étoiles sont entrain de bouger en même temps ? »

Elle se pose la même question. On ne comprend pas.
Puis, je me rends compte que ce ne sont pas les étoiles qui bougent, mais les nuages qui se déplacent très lentement. On se met à rire.

Je me sens bien. Le stress revient, mais on vient de rire.
C’est sûr, cette nuit se terminera bien.

—11 : Écho

L’impression douloureuse de vivre la même chose à plusieurs reprises.

Entre elle et elle, il y a eu un « Tu peux passer à la maison ce soir ? »
Pourtant, cette phrase, je l’ai lu et entendu à tellement de reprises qu’elle ne devrait pas éveiller mes soupçons.

Mais je sais pas, à chaque fois, je sens que celui-là est différent. Et qu’il annonce une douloureuse rupture.

Entre elle et elle, il y a eu le silence.

Un silence qui ressemblait à un coup de poing dans le ventre. Un silence qui foutait tout en l’air. Un silence méprisant.

Un silence tellement incompréhensible car il faisait suite à plusieurs jours de complicité. Un silence qui cassait un lien. Un silence qui annonçait une disparation dans la vie de l’autre, comme si rien ne s’était passé en fait.

—10 : Les noeuds

Parfois, je suis le méchant.
Mais j’ai toujours une complice. Je ne peux pas mentir à tout le monde. C’est tellement fatiguant de réfléchir à toutes mes phrases pour savoir ce que je dois censurer ou non.

Ce soir là, j’ai donc laissé mes envies prendre le dessus.
Je savais que ce n’était pas la chose à faire, et pire encore, ce n’était même pas un vrai « besoin ». Je cherchais surement à me prouver quelque chose, où à compliquer les choses dans ma vie.

Quand les choses sont trop simples, je m’ennuie. J’ai peur. Je ne sais pas faire. J’ai l’impression que ma vie se résume à démêler des nœuds. Donc parfois, je ferme les yeux, je gigote dans tous les sens, et quand je les ouvre à nouveau, je regarde le bordel que j’ai foutu autour de moi. Ma théorie du chaos.

Donc ce soir là, je voulais faire des noeuds. Des gros. Et je ne pouvais pas trouver mieux qu’elle pour m’aider à faire ça.

Ma conscience aurait pu tout arrêter. Surtout que ma conscience avait un joli prénom.

Mais non, c’est autre chose qui m’a stoppé. Une raison ridicule. Tellement ridicule qu’elle m’a stoppée nette.

Chose inimaginable alors, j’ai menti à ma complice. Un demi-mensonge. Une vérité qui cachait le reste. Donc pas de quoi me sentir mal. On a donc parlé, et on a dormi.

Le lendemain, elle m’a dit « Tu ronfles ».
J’étais vexé. Véritablement. Pauvre conne.

J’avais tellement envie de lui dire que j’avais été bien sympa hier soir, que j’avais mis les formes pour la rejeter en douceur. Que malgré le fait que parfois, je puisse être un vrai connard, je me souciais réellement des autres. À ma façon. Qu’en fait, elle était bien plus paumée que moi.

Mais j’ai fermé ma gueule. Parce qu’elle ne méritait pas que je m’en prenne à elle.
Elle était ma complice hier soir. Il ne faut pas devenir l’ennemi de sa complice.

—9 : Main dans la main

Ça faisait un petit moment qu’on ne s’était pas vus. Et j’étais très heureux de la retrouver.

Ce soir là, c’était surement l’anniversaire d’un(e) ami(e). Ce qui fait qu’on a pas eu l’occasion de rester seuls très longtemps, parce qu’il fallait faire la fête avec les autres. Une excellente soirée d’ailleurs.

Puis nous revoilà, dans l’intimité, à se dire ce que chacun à rater dans la vie de l’autre. On parle, on s’embrasse, on se serre dans les bras, tout va bien.

Puis je fatigue. Je commence mes phrases sans les finir. Je commence surtout à m’endormir. Puis je m’endors vraiment.

Soudain, je me réveille. Elle pleure.

Instinctivement, je sais que j’y suis pour quelque chose. Mais ne sachant pas pourquoi, je lui demande pourquoi. Elle m’explique, et je m’explique. Je me confonds en excuses, mais j’hallucine un peu. J’aurais jamais pensé qu’elle puisse tenir à moi à ce point là.

Je lui prends la main. Et je la rassure comme je peux. Je ne lâche pas sa main.
Et je m’endors à nouveau.

Le lendemain, j’ouvre de nouveau les yeux, et elle sourit. Contraste.

Elle me dit que je n’ai pas lâché sa main de la nuit.
Je l’aime.

—8 : La suivante

Un des bons côtés d’une vie de couple, c’est que le temps aidant, tu commences à lier ton quotidien avec l’autre et faire des projets.
Le problème, ce sont les ruptures.

Je me retrouve donc aujourd’hui avec une collection de films, de chansons pour faire l’amour ou pour une Première Danse, des prénoms d’enfants et des lieux de vacances que je ne pourrais pas (re)faire parce qu’ils sont associés à elle, elle ou elle.

Parfois, le hasard, l’inadvertance ou le mensonge fait qu’un même objet soit lié à plus d’une d’entre elles. Et je le vis très bien. Parce que je ne vois pas pourquoi la suivante devrait subir mes pertes de repères à cause d’elles.

—7 : Un choix. Puis un autre.

Le premier choix à faire, bien qu’important, était assez facile en fait. J’ai juste mis beaucoup de temps avant de me décider une bonne fois pour toutes.

Une fois fait, il y a eu un « Nous deux ». Un vrai.

Tout se passait bien, même quand ça se passait mal, parce que ça avait un sens.

Puis, il y a eu ce second choix à faire.
Celui-là était impossible.

À l’époque, je ne parlais pas. Je voulais juste faire au mieux. Je pesais le pour et le contre. Je faisais des listes. Je regardais de façon mathématique et logique si la réponse à donner était la bonne ou non. Et je ne vivais qu’à travers les envies de l’autre.

Pourtant, elle me l’avait reproché. Et je croyais avoir opéré le changement.

Mais non, j’ai pensé à elle avant de penser à moi. Et le choix n’était donc pas sincère.

De « Nous deux », il y a de nouveau juste eu un Elle et un moi.

Puis, plus tard, on a pris le temps d’en parler, histoire de comprendre.
Et j’ai compris.
J’aurais du lui dire ce que je voulais pour nous. Plus tôt en tout cas. Au moins, j’aurais sûrement souffert pour d’autres raisons.

Là, maintenant, je n’ai plus qu’à vivre avec ça. D’avoir fait cette erreur de jugement.
Et ceci explique un peu tout.

—6 : Elle et moi

Il y aura toujours un « Elle et moi ».
Mais il ne sera jamais parfait.