—19 : Elle > Elle

On a beau ne pas aimer ça, on en arrive toujours à classer les personnes par catégories, par types, par ordre… et par conséquent, on en arrive à “celle” de référence.

Celle qui restera toujours là, dans un coin de la tête. Dans certains cas, on essaye de s’éloigner le plus possible de son schéma, dans les autres, on veut s’en rapprocher le plus possible, sans l’avouer à la prochaine, sans se l’avouer à soi-même.

Voilà pourquoi il est absurde de dire que je l’aimais. Je l’aime encore, parce qu’elle est toujours là.

—18 : Elle et lui

Autour de moi, les gens rigolent. Donc je les imite. C’est assez facile à faire en fait.
Je crois passer une bonne soirée, mais je sais que ce n’est pas le cas.

Il me dit que c’est à moi de jouer. Je sors de mes pensées, en espérant que personne n’a vu que j’avais eu un autre moment d’absence.

Je me lève, je me place devant la table, je me concentre… Ils arrivent tous les deux dans mon champ de vision, pile en face de moi.

Je ne réalise pas. C’est juste une blague. Ça doit être une blague. C’est pas possible autrement.
La scène est tellement dramatique que j’ai l’impression qu’elle a été écrite pour être jouer comme ça. L’angle est juste parfait, le timing impeccable. Si on voulait me faire mal ce soir là, ils ne pouvaient pas faire mieux.

Je ne sais pas combien de temps je suis resté à les fixer, le regard furieux, la bouche ouverte, mais il faut que je sorte maintenant. Pour le style, je gueule un peu dans le bar, je pousse des gens, il est hors de question de partir discrètement, ça serait beaucoup trop simple pour eux.

Je suis dehors. J’ai une montée d’adrénaline. Cette colère est saine en fait. Il faut que ça sorte.

Quelqu’un vient me rejoindre, me demande des explications.
Je m’exécute.

Pourquoi lui ? Non mais vraiment, pourquoi lui ?
Quelques jours avant, elle me disait que ça ne pouvait pas marcher entre nous, parce qu’on ne se connaissait pas en fait. Et lui, il débarque dans la journée, elle lui parle cinq minutes, et ils s’affichent déjà devant moi ? La foutue exception qui confirme la foutue règle ?

Pourtant, il sait. Dès son arrivée, je lui ai raconté toute l’histoire. Il sait qui elle est. Il connait notre histoire.

Non, c’est juste pas possible. Ils ont dû se mettre d’accord pour me cracher à la gueule et rire ensuite. Il faut que je rentre. Je ne peux pas rester là.

Le lendemain, l’ambiance est tendue.
Nous sommes tous sur la plage.
Tout le monde les félicite. Du coup, j’ai l’impression que tout le monde me plante un couteau dans le dos. Vous voyez pas que je souffre ?

Je fais bien la gueule. Je veux pourrir l’ambiance.
Mais pendant qu’ils affichent leur bonheur, je n’oublie pas que ma colère est déplacée. C’est un juste retour des choses, parce que j’en ai fait souffrir une autre.

Je n’ai que ce que je mérite en fait.

—17 : Le silence

Merde !
Merde, merde, merde, merde !
Pourquoi ce silence ?

On devrait être heureux non ? Ou alors, à défaut, on devrait commencer à l’être. C’est un peu comme ça que les histoires commencent, non ?

Je ne me souviens même plus si elle savait le sacrifice que je venais de faire pour qu’on puisse être ensemble. En tout cas, soyons honnête, elle et moi, ça ne colle pas.

Je viens de faire l’erreur de ma vie pour quelque chose qui n’avait pas lieu d’être. Non, je refuse, il faut que je me force, qu’elle se force, qu’on trouve une astuce, mais ça ne peut pas se terminer comme ça, pas en si peu de temps.

Il faut d’abord rompre ce silence. Et tant qu’à faire, avec autre chose qu’une banalité sur le temps ou sur l’envie de se baigner.

Je cherche. Je ne trouve pas. Au bout de dix minutes, j’abandonne.
« Ça colle pas, hein ? »

Je crois voir un soulagement chez elle. En tout cas, je pense avoir débloquer la situation malgré moi. On discute pendant quelques minutes, à se trouver des excuses, on en arrive à la conclusion que ce n’est la faute de personne.

C’est plus clair maintenant : je ne lui avais pas dit le sacrifice que j’avais fait quelques heures plus tôt pour qu’on puisse se retrouver là, à savoir comment rompre en douceur.

« On rentre ensemble ou tu veux y aller avant moi ? »
Je ne sais plus trop ce qu’elle a répondu. Moi, je me sentais juste très con à ce moment là.

—16 : Un jeu

« Tu veux sortir avec moi ? »
Elle répond oui.
« Tu veux sortir avec moi ? »
Elle répond encore oui.

C’était un jeu.
Je lui avais dit que mon but dans la vie, c’était de faire en sorte que 100 filles refusent de sortir avec moi. J’en étais à 98. Elle devait être la 99ème.

« Tu veux sortir avec moi ? »
Elle répond encore oui.

Je suis plongé dans mon jeu. Elle va foutre mon plan en l’air.

« Non mais arrête ! Tu veux sortir avec moi ? »
Elle sourit, et elle répond oui une fois de plus.

Je boude un peu. Enfin, je fais semblant de bouder. Elle avait cassé mon délire, mais elle me faisait rire.

Mais… attends deux secondes ! Depuis tout à l’heure, elle répond « oui ». C’est peut-être la première fois que j’entends cette réponse dans la bouche d’une fille. Et je n’ai pas pris le temps de l’apprécier.

Et si, en plus, elle le pensait vraiment ?
Je n’ose pas lui demander. J’ai pas envie qu’elle devienne la 99ème.