—28 : À la fenêtre

Je me sens honteux. Mettre fin à une histoire parce qu’on a plus le droit de sortir, c’est quand même difficile à accepter.

Je reste donc à la fenêtre pour la regarder. Je la vois se rapprocher de lui. Je la vois m’oublier. Et je ne peux pas lui en vouloir.

J’en veux juste à la terre entière.

—27 : La (fausse) menace

« En fait, depuis qu’il est là, je suis un peu jaloux. Je sais, c’est bête. »
En lui disant ça, j’anticipe déjà sa réaction. Elle va sourire.

Depuis quelques semaines, on se tourne autour. Sans vraiment le vouloir en fait. Sans se le dire.
Mais surtout, j’aime sa bonne humeur. Je l’aimais déjà avant, mais maintenant, il a une autre saveur.
Elle me fait beaucoup de bien. Et ça me change par rapport aux dernières semaines.

Mais voilà, maintenant, il est là.
Dans mon univers.
Et un peu trop près d’elle.

Pourtant, instinctivement, je sens qu’il n’y a pas à paniquer. C’est évident que ce n’est pas un sentiment réciproque pour elle.

C’est d’ailleurs un sacré coup du destin que ça soit justement « lui ».
On doit être liés en fait, c’est pas possible autrement.

Maintenant, par précaution, il faut que je lui dise.

« Je pense que tu t’en es rendue compte, mais depuis quelques temps, j’aime bien notre relation. Mais bon, compte tenu de ma situation, je n’osais pas trop te le dire, et je crois que je ne voulais pas me l’avouer. Mais bon, depuis que mon pote a débarqué, je panique un peu. Parce qu’il s’approche un peu trop de toi. En fait, depuis qu’il est là, je suis un peu jaloux. Je sais, c’est bête. »

Il ne se passera jamais rien entre elle et moi.
Parce que je suis beaucoup trop amoureux encore.

—26 : Elle / Moi

Une fois de plus, il n’y a qu’elle et moi. C’est agréable.
On a tous les deux la tête levée vers le ciel, et on regarde les étoiles filantes.

On se parle, mais on ne se regarde pas. Pas besoin.

Dans quelques jours, elle rentrera chez elle. Alors je me dis qu’il faut absolument que je profite de ces moments.

Nous ne sommes pas un couple. Mais c’est pas si grave que ça.
Ses refus à répétition font que j’aime encore plus notre relation ce soir.

Là, je suis avec elle, on s’amuse.

—25 : L’attente

« Je suis juste à côté du Louvre. J’ai besoin de te voir. Je t’y attendrais pendant une heure ».
En lui envoyant ce message, je sais très bien qu’elle est avec lui.

Elle me manque. Notre relation, notre complicité, nos divergences… Je ne sais pas faire sans elle.

Il fait nuit.
Il fait froid.
Je sais qu’elle ne viendra pas.
Mais je l’attends quand même.

J’espère tellement la voir arriver au loin que l’image me semble réelle.

Je repense à ces moments qu’on a passé ensemble. Et je l’imagine vivre d’autres choses avec lui. Je compare. Je ne devrais pas.

Deux heures que j’ai envoyé le message, et toujours pas de réponses. Je deviens fou parce qu’évidemment, je suis seul et qu’ils sont ensemble. Pourquoi lui ? Qu’est-ce qu’il a de plus que moi ?

Je décide de lui envoyer un dernier message : « Je rentre. Appelle moi si tu dors chez toi. »

Pas de messages.
Elle me manque vraiment.

—24 : Culpabilité

Dans cette histoire, elles sont deux. Suivez bien.

Je regarde la première. Elle s’amuse bien.
Je suis trop timide pour lui dire ouvertement qu’elle me plaît. Mais je pense qu’elle l’a bien compris.

Il y a quelques mètres entre nous, c’est à dire un fossé infranchissable. Elle s’amuse avec les autres, donc elle s’amuse sans moi. Je voudrais juste rire avec elle. Pas plus, pas moins.

La musique se fait plus forte. Tout le monde danse autour de nous. Je me dis que je la fixe peut-être un peu trop.

La seconde entre en action.

Elle s’approche de moi sans que je m’en rende compte. Elle me demande si je veux danser.
Je crois que je ne la regarde même pas, mais je réponds d’un simple non.
Elle est déjà partie quand je retourne ma tête pour savoir de qui il s’agissait.

Tant pis.

Je replonge dans mes pensées en scrutant les faits et gestes de la première. Elle ne doit même pas savoir que je suis là.

Soudain, on m’appelle au fond de la salle. La seconde est en larmes, et on m’explique que c’est de ma faute.

La musique est trop forte, je ne comprends pas tout ce qui se passe. Mais je me sens coupable. Je comprends assez rapidement qu »elle s’est sentie ignorer. Bienvenue dans mon monde.

Je m’approche de la seconde, et lui explique à l’oreille le pourquoi de mon comportement. Je ne sais pas si c’est vraiment la meilleure chose à faire, mais j’ai besoin qu’elle sache que je n’ai rien contre elle.

Pour me faire pardonner, je lui demande de danser avec moi.
Elle refuse.
J’insiste.
Elle accepte.

C’est un slow. Je la sens se décomposer dans mes bras. Elle cache ses larmes en baissant la tête. Je lui ai vraiment fait mal. Sans le vouloir. Et malgré ça, je regarde la première au loin.

Je suis désolé.

—23 : 365 jours (plus ou moins)

Elle a un an de plus que moi.
Je n’arrive pas à me sortir cette information de ma tête. Quand je la regarde, quand je m’approche d’elle, quand j’ouvre la bouche pour dire une banalité de plus, j’y repense : Elle a un an de plus que moi.

J’essaye d’être à la hauteur. Il ne faut pas qu’elle reste bloquée sur le fait que moi, j’ai un an de moins.

Je m’oblige à être cool. Je fais semblant d’être à l’aise. J’ai chaud, je stresse.
« Elle a un an de plus que toi ».

C’est notre troisième rendez-vous. Je ne sais pas encore ce que ça veut dire en temps normal.

La première fois, c’était même pas un rendez-vous.
La seconde fois, j’étais venu avec un pote parce que j’avais peur d’être seul avec elle.

Là, on est tous les deux. On s’embrasse.

C’est la première que j’embrasse comme ça.
Elle a un an de plus que moi, et j’ai mes lèvres contre les siennes.

Je peux mourir demain, c’est pas grave.

—22 : Sur un petit bout de papier…

TU VEUX SORTIR AVEC MOI ?
OUI – NON

(Entoure la bonne réponse)

—21 : Une semaine

« Elle m’a dit de te dire qu’elle voulait sortir avec toi ! »
QUOI ? C’est quoi cette blague ?

Je fais celui qui n’a pas compris. Il est hors de question de donner l’occasion à qui que ce soit de se payer ma tête sur ce sujet.

« Ben c’est ce qu’elle m’a dit. Je ne fais que transmettre le message. »

OK, c’est bon, j’ai compris le truc. Je vais aller la voir, lui poser la question, elle va se foutre de moi et mes copains rigoleront pendant plusieurs jours sur ma naïveté amoureuse.

Bon… quand même… dans le doute… je vais la voir.

Elle confirme les propos de mon pote. Elle veut effectivement sortir avec moi.

Ma première pensée : Pourquoi « maintenant » ?

Des années que je lui cours après, que j’essaye par tous les moyens de faire en sorte que ce petit rêve d’enfant devienne une réalité. Des années qu’elle me dit non. Et là, alors que j’avais définitivement tourné la page, elle inverse le cours du temps.

Je bafouille. Inconsciemment, je sais qu’elle cherche à tromper un sentiment de solitude, mais je me laisse tenter quand même. J’ai imaginé cette histoire tellement de fois que je ne peux pas refuser de l’écrire.

Une semaine plus tard, elle est à sa fenêtre, moi en bas. Pas de Roméo et Juliette à l’horizon. Notre histoire ne sert à rien.
On s’est vus deux fois en vitesse, on ne s’est pas embrassés, personne ne sait réellement qu’on est ensemble.

Je suis un peu blessé. La réalité n’est pas du tout à la hauteur de mes attentes. On décide de ne pas aller plus loin.

Je n’ai pas compris le début. Je n’ai pas compris la fin.
Mais elle a compté à sa façon.

—20 : Au téléphone…

Entre elle et moi, un téléphone.
C’est le début, tout va bien.

La conversation dépasse les trente minutes.
Je rigole, j’ai le sourire, je lui dis des choses sérieuses, je m’emporte.
Cette discussion me fait énormément de bien.

Je ne tiens pas en place. Je suis au téléphone, mais je suis debout, à faire les cent pas dans le salon. Je fais de grands gestes qu’elle ne voit pas, mais qui me donne l’impression d’appuyer chacun de mes mots.

Je suis euphorique.
On ne se connait pas très bien elle et moi, mais je demande à parler à ses parents. Je n’ai peur de rien.

Elle me passe sa mère.
Je lui explique que je n’ai pas l’intention de faire du mal à sa fille. Mieux encore, je m’engage à faire mieux que son ex. Je crois que je ne lui laisse pas le temps d’en placer une.

Rien ne m’arrête. Je pense ce que je dis.

Quelques années plus tard, je constate que je n’ai pas tenu ma promesse.

—19 : Elle > Elle

On a beau ne pas aimer ça, on en arrive toujours à classer les personnes par catégories, par types, par ordre… et par conséquent, on en arrive à “celle” de référence.

Celle qui restera toujours là, dans un coin de la tête. Dans certains cas, on essaye de s’éloigner le plus possible de son schéma, dans les autres, on veut s’en rapprocher le plus possible, sans l’avouer à la prochaine, sans se l’avouer à soi-même.

Voilà pourquoi il est absurde de dire que je l’aimais. Je l’aime encore, parce qu’elle est toujours là.