—98 : Énième déclaration

Tout un trajet à penser à elle.
Dans quelques minutes, quelques heures, j’irai lui dire que notre histoire va connaître un nouveau rebondissement.

Tout un trajet à chercher « la » phrase.
Je veux qu’elle s’en souvienne.
Je veux m’en souvenir.

Je pense à elle. À ces bons et mauvais moments. Je m’imprègne de tout ce qui nous raconte pour trouver les bons mots.

J’arrive chez elle.

Je me souviens exactement de sa place dans la pièce.
Je me souviens exactement de l’ambiance.
Je me souviens exactement du décor.
Je me souviens exactement du trac qui m’habitait.

« Tu pourras enfin lui dire qu’on est ensemble ».

Elle entend ma phrase.
Elle comprend ma phrase.

Et je l’aime.

—96 : J’ai accepté par erreur, ton invitation…

« Samedi, y’a une expo sympa, ça te dit de venir avec moi ? »
Oui.

Nous sommes mardi. Il me reste donc mercredi, jeudi et vendredi pour me rendre compte que je vais faire une balade avec elle, trouver comment m’habiller et, accessoirement, ne pas trop avoir l’air con.

Je l’aime bien. Elle a toujours été gentille avec moi. Et surtout, elle me pousse à explorer des facettes de ma personnalité que je n’ai jamais vraiment voulu mettre en avant, sans un mot, sans me le demander.

J’aime bien penser à elle. Je me doute bien que les chances qu’on soit ensemble sont proches de zéro. Mais être ami avec elle, c’est déjà être plus proche que tous les autres mecs qui ne savent pas la comprendre.

La veille donc.

Je me dis que demain, je vais aller dans une ville inconnue, dans un lieu inconnu, à vivre une situation inconnue. Et je devrais faire comme si tout était normal. Ne pas laisser transparaître la nouveauté.

Je cherche un style vestimentaire. Différent des fringues de la semaine. Similaire à ma personnalité. Trop. Pas assez. C’est chiant. Et ces chaussures ? Parfum ? Oui ? Non ?

Je ne le sais pas encore, mais plus tard, tous mes premiers rendez-vous seront aussi intensifs.

Samedi.

On a rendez-vous à 14h.
Il est 9h45.
De chez moi à la gare, j’en ai pour 15 minutes de marche. Donc si je pars maintenant, j’arriverais à 10h. C’est un peu tôt. Le mieux, ça serait de partir vers 13h30. Comme ça, j’arriverais vers 13h45, donc j’aurais un peu d’avance, et si elle arrive vers 13h50, on sera tous les deux en avance et j’aurais gagné 10 minutes de plus avec elle. Maintenant, qu’est-ce que je fais entre 9h45 et 13h30 ? J’suis déjà prêt, je connais déjà le trajet que je vais emprunter… bon, ben regardons la télé.

Toutes les cinq minutes, je regarde l’heure.
Il ne faudrait pas être en retard.

Il est 13h20. Je vais partir maintenant.
Si je marche assez lentement, j’arriverais à 13h45, comme prévu.

Il est 13h30, je suis devant la gare.
Je l’attends.

Elle arrive.

Eux aussi.
Il y a six personnes de plus. Notre rendez-vous est en fait une sortie en groupe.

—94 : Mais ça, c’était avant…

Avant elle, j’étais sûrement un autre.

Oui, ça fait cliché comme phrase.
Mais c’est tellement vrai.

Avant elle, je voulais être celui qu’elle attendait.
Pratiquement pas de personnalité.
Juste mon écoute et mon semblant de gentillesse.

Quand elle disait « Tu veux faire quoi ? », je devais répondre un truc bateau comme « Ce que tu veux. J’aime les mêmes choses que toi. »

Un soir, elle gueulait.
Mon inaction la rendait folle.
J’ai failli la perdre (une fois de plus) ce soir-là.

« Impose toi ! »
D’accord.
On s’est enfin engueulé… à deux.

Depuis, quand je suis un peu moi, je pense à elle.

—93 : La plus belle des déclarations

« Si j’étais hétéro, je voudrais un mec comme @sprykritic »

Rien à redire. J’aime l’image.

—91 : Tête de mule

Alzheimer amoureux. Leçon 91.

Je me souviens être sorti avec elle.
Je me souviens surtout que sortir avec elle, ça voulait dire qu’on avait décidé d’être ensemble, mais rien de plus.
Je me souviens donc être sorti avec elle… mais à la façon des années 80.

Puis je me souviens l’avoir détesté.
Aucun souvenir de la raison. Ni maintenant, ni à l’époque.

Mais voilà, aujourd’hui encore, quand on se voit, y’a une partie de moi qui reste en alerte.
On sait jamais.

—90 : Pluriel > Singulier

Un soir.

Je remarque qu’elle dit « Bisou ».
Alors qu’elle, c’est « Bisous ».

La différence est assez subtile pour que j’essaye d’y trouver un signe.

—89 : Voilà voilà…

À vrai dire, je ne me souviens même plus de son prénom.
Et encore moins de son visage.
Juste qu’on avait bien discuté sur le net et qu’on avait envie de se voir.

Sauf que…

Il n’aura donc fallu que d’un seul rendez-vous pour me rendre compte qu’elle et moi, on avait vraiment rien en commun.

Comme un coup de foudre inversé.
Donc depuis, je me demande souvent si je fais aussi cet effet là.

—87 : You give me fever

S’il fallait une preuve que je ne contrôle pas toujours ce que je dis, ça serait celle-là.

Entre elle et moi, les discussions durent des heures. Les sentiments se cachent dans les banalités, tout se passe bien. Je m’attache chaque seconde un peu plus, et comble de l’absurde, mon esprit dépendant joue aux montagnes russes de façon presque physique.

Comment lui dire à quel point j’ai envie d’être avec elle ?
Réponse : avec une scène de Spider-Man 3.

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Au moment où j’entame cette comparaison, je sais que je suis sur une piste glissante. À tout instant, je peux devenir ce cliché du mec bizarre qui a déjà réservé sa place aux trois prochaines conventions Star Trek à travers le monde.

Mais d’un autre côté, je ne vois pas mieux que ce petit bout de scène du Jazz Club pour lui exprimer de façon « claire » ce qui ne l’est pourtant pas dans ma tête.

Comme une pulsion.

Plus je lui explique la scène, son déroulement, ce que j’en retire, plus j’entre en phase avec elle. À la fin de la démonstration, elle semble avoir compris. Bien compris même.

C’est donc comme ça qu’on crée des moments de pure complicité ?

—85 : J’ai (enfin) rêvé d’elle

La nuit porte souvent conseil.
Les rêves aussi.

J’aime cette impression.
Le songe se termine et mes yeux s’ouvrent juste à ce moment-là. Ça sonne comme des révélations.

Du coup, elle était là, pendant quelques secondes / minutes / heures. Et elle m’a fait sourire dès les premières lueurs du jour. Même si tout indiquait que cette aventure n’était pas réelle (je ne suis pas un mousquetaire), je voulais la garder comme une véritable étape de ma vie.

La pauvre, elle n’a pas dû comprendre pourquoi je la fixais de la sorte pendant une semaine juste après ce rêve.

—83 : Se souvenir des belles choses

« Nothing good happens after 2 A.M. »
J’aime bien quand la vie me prouve le contraire.

Du bruit, des gens qui dansent, qui se racontent des banalités, font semblant de connaître le prénom de leur interlocuteur.
Besoin d’une pause, je m’éclipse sur le balcon.

Je crois reconnaître ce dos. Je m’approche, et je me rends compte de mon erreur. Il est trop tard pour ne pas bafouiller quelque chose.

« Ça va ? »

Elle me répond que ça pourrait aller mieux.
Syndrome du héros.

Elle m’explique le problème, je l’écoute, et elle me devance en me disant que ça va passer, que les choses ne vont pas durer.

La soirée continue. La salle se vide, certaines personnes restent.
Syndrome du premier métro.

Deux filles, deux garçons, deux directions.
Séparation.
Lui et l’autre elle.
Elle et moi.

Nous nous retrouvons donc ensemble, dans ce métro, à parler rapidement de nos vies.
On ne se connait pas, mais je lui explique mon point de vue sur certains aspects de son histoire.
Ça pue le pessimisme, mais elle ne m’en veut pas.

N’empêche, pour me faire comprendre, je lui raconte certains détails de mon parcours.

Je ne sais pas si c’est la fatigue ou si c’est le fait de parler avec elle, mais les mots que j’utilise ne sont pas les mêmes. Il y a une nouvelle vérité dans mes phrases.

Du coup, je m’écoute.

J’aurais aimé que ce trajet dure un peu plus.
J’aurais aimé continuer à parler avec elle.
J’aurais aimé me parler un peu plus.

Il va falloir trouver une façon de revivre ça.