—27 : La (fausse) menace

« En fait, depuis qu’il est là, je suis un peu jaloux. Je sais, c’est bête. »
En lui disant ça, j’anticipe déjà sa réaction. Elle va sourire.

Depuis quelques semaines, on se tourne autour. Sans vraiment le vouloir en fait. Sans se le dire.
Mais surtout, j’aime sa bonne humeur. Je l’aimais déjà avant, mais maintenant, il a une autre saveur.
Elle me fait beaucoup de bien. Et ça me change par rapport aux dernières semaines.

Mais voilà, maintenant, il est là.
Dans mon univers.
Et un peu trop près d’elle.

Pourtant, instinctivement, je sens qu’il n’y a pas à paniquer. C’est évident que ce n’est pas un sentiment réciproque pour elle.

C’est d’ailleurs un sacré coup du destin que ça soit justement « lui ».
On doit être liés en fait, c’est pas possible autrement.

Maintenant, par précaution, il faut que je lui dise.

« Je pense que tu t’en es rendue compte, mais depuis quelques temps, j’aime bien notre relation. Mais bon, compte tenu de ma situation, je n’osais pas trop te le dire, et je crois que je ne voulais pas me l’avouer. Mais bon, depuis que mon pote a débarqué, je panique un peu. Parce qu’il s’approche un peu trop de toi. En fait, depuis qu’il est là, je suis un peu jaloux. Je sais, c’est bête. »

Il ne se passera jamais rien entre elle et moi.
Parce que je suis beaucoup trop amoureux encore.

—26 : Elle / Moi

Une fois de plus, il n’y a qu’elle et moi. C’est agréable.
On a tous les deux la tête levée vers le ciel, et on regarde les étoiles filantes.

On se parle, mais on ne se regarde pas. Pas besoin.

Dans quelques jours, elle rentrera chez elle. Alors je me dis qu’il faut absolument que je profite de ces moments.

Nous ne sommes pas un couple. Mais c’est pas si grave que ça.
Ses refus à répétition font que j’aime encore plus notre relation ce soir.

Là, je suis avec elle, on s’amuse.

—23 : 365 jours (plus ou moins)

Elle a un an de plus que moi.
Je n’arrive pas à me sortir cette information de ma tête. Quand je la regarde, quand je m’approche d’elle, quand j’ouvre la bouche pour dire une banalité de plus, j’y repense : Elle a un an de plus que moi.

J’essaye d’être à la hauteur. Il ne faut pas qu’elle reste bloquée sur le fait que moi, j’ai un an de moins.

Je m’oblige à être cool. Je fais semblant d’être à l’aise. J’ai chaud, je stresse.
« Elle a un an de plus que toi ».

C’est notre troisième rendez-vous. Je ne sais pas encore ce que ça veut dire en temps normal.

La première fois, c’était même pas un rendez-vous.
La seconde fois, j’étais venu avec un pote parce que j’avais peur d’être seul avec elle.

Là, on est tous les deux. On s’embrasse.

C’est la première que j’embrasse comme ça.
Elle a un an de plus que moi, et j’ai mes lèvres contre les siennes.

Je peux mourir demain, c’est pas grave.

—22 : Sur un petit bout de papier…

TU VEUX SORTIR AVEC MOI ?
OUI – NON

(Entoure la bonne réponse)

—21 : Une semaine

« Elle m’a dit de te dire qu’elle voulait sortir avec toi ! »
QUOI ? C’est quoi cette blague ?

Je fais celui qui n’a pas compris. Il est hors de question de donner l’occasion à qui que ce soit de se payer ma tête sur ce sujet.

« Ben c’est ce qu’elle m’a dit. Je ne fais que transmettre le message. »

OK, c’est bon, j’ai compris le truc. Je vais aller la voir, lui poser la question, elle va se foutre de moi et mes copains rigoleront pendant plusieurs jours sur ma naïveté amoureuse.

Bon… quand même… dans le doute… je vais la voir.

Elle confirme les propos de mon pote. Elle veut effectivement sortir avec moi.

Ma première pensée : Pourquoi « maintenant » ?

Des années que je lui cours après, que j’essaye par tous les moyens de faire en sorte que ce petit rêve d’enfant devienne une réalité. Des années qu’elle me dit non. Et là, alors que j’avais définitivement tourné la page, elle inverse le cours du temps.

Je bafouille. Inconsciemment, je sais qu’elle cherche à tromper un sentiment de solitude, mais je me laisse tenter quand même. J’ai imaginé cette histoire tellement de fois que je ne peux pas refuser de l’écrire.

Une semaine plus tard, elle est à sa fenêtre, moi en bas. Pas de Roméo et Juliette à l’horizon. Notre histoire ne sert à rien.
On s’est vus deux fois en vitesse, on ne s’est pas embrassés, personne ne sait réellement qu’on est ensemble.

Je suis un peu blessé. La réalité n’est pas du tout à la hauteur de mes attentes. On décide de ne pas aller plus loin.

Je n’ai pas compris le début. Je n’ai pas compris la fin.
Mais elle a compté à sa façon.

—20 : Au téléphone…

Entre elle et moi, un téléphone.
C’est le début, tout va bien.

La conversation dépasse les trente minutes.
Je rigole, j’ai le sourire, je lui dis des choses sérieuses, je m’emporte.
Cette discussion me fait énormément de bien.

Je ne tiens pas en place. Je suis au téléphone, mais je suis debout, à faire les cent pas dans le salon. Je fais de grands gestes qu’elle ne voit pas, mais qui me donne l’impression d’appuyer chacun de mes mots.

Je suis euphorique.
On ne se connait pas très bien elle et moi, mais je demande à parler à ses parents. Je n’ai peur de rien.

Elle me passe sa mère.
Je lui explique que je n’ai pas l’intention de faire du mal à sa fille. Mieux encore, je m’engage à faire mieux que son ex. Je crois que je ne lui laisse pas le temps d’en placer une.

Rien ne m’arrête. Je pense ce que je dis.

Quelques années plus tard, je constate que je n’ai pas tenu ma promesse.

—16 : Un jeu

« Tu veux sortir avec moi ? »
Elle répond oui.
« Tu veux sortir avec moi ? »
Elle répond encore oui.

C’était un jeu.
Je lui avais dit que mon but dans la vie, c’était de faire en sorte que 100 filles refusent de sortir avec moi. J’en étais à 98. Elle devait être la 99ème.

« Tu veux sortir avec moi ? »
Elle répond encore oui.

Je suis plongé dans mon jeu. Elle va foutre mon plan en l’air.

« Non mais arrête ! Tu veux sortir avec moi ? »
Elle sourit, et elle répond oui une fois de plus.

Je boude un peu. Enfin, je fais semblant de bouder. Elle avait cassé mon délire, mais elle me faisait rire.

Mais… attends deux secondes ! Depuis tout à l’heure, elle répond « oui ». C’est peut-être la première fois que j’entends cette réponse dans la bouche d’une fille. Et je n’ai pas pris le temps de l’apprécier.

Et si, en plus, elle le pensait vraiment ?
Je n’ose pas lui demander. J’ai pas envie qu’elle devienne la 99ème.

—14 : La danse

Elle était juste à quelques mètres de moi. Mais elle dansait avec lui.
Un moment difficile.

Quelques jours avant, tout allait bien. Je venais de passer une soirée exceptionnelle en sa compagnie. Le genre de soirée où l’on se pince mentalement pour être certain de la véracité de l’instant. Je la quittais, avec le sourire, en pensant déjà au lendemain.

Puis les choses ont basculé en une seule nuit. Une suite d’événements que personne n’aurait pu imaginer. Surtout pas moi.

Donc là, elle dansait avec lui. Et je la regardais.
Il lui parlait à l’oreille. Mais je n’étais pas jaloux.

Je me disais juste que j’avais bien merdé. Que je n’avais pas mon mot à dire. Mais qu’elle devait savoir à quel point j’étais désolé.

La chanson s’arrête. Il vient me voir.
« Elle veut te parler« .
Elle s’avance vers moi, puis elle prend ma main. Je ne comprends pas.

On danse.
Je ne comprends toujours pas. Mais je profite juste de ce doux moment.

Elle me parle. Je sursaute.
Est-ce que j’ai bien compris ?
On s’embrasse. J’ai juste les larmes aux yeux.

Elle a le sourire quand je la regarde.
On tourne. On danse. Et je le regarde. Il me fait un clin d’oeil. Je ne sais pas comment le remercier.

Cette fois, il est hors de question de la perdre.

—12 : Les étoiles

Il y a des souvenirs qui résistent parfaitement au temps. Tant mieux.

On était là, assis l’un à côté de l’autre, à faire semblant de ne pas comprendre la situation. Ou plutôt, à attendre que l’autre fasse tout le boulot.

J’ai levé les yeux au ciel. Elle aussi. Et il faisait nuit.

Je bloque. Pendant quelques secondes, je ne pense plus au pourquoi de notre présence ici, mais à cette incohérence naturelle.

« Attends, je rêve ou toutes les étoiles sont entrain de bouger en même temps ? »

Elle se pose la même question. On ne comprend pas.
Puis, je me rends compte que ce ne sont pas les étoiles qui bougent, mais les nuages qui se déplacent très lentement. On se met à rire.

Je me sens bien. Le stress revient, mais on vient de rire.
C’est sûr, cette nuit se terminera bien.

—10 : Les noeuds

Parfois, je suis le méchant.
Mais j’ai toujours une complice. Je ne peux pas mentir à tout le monde. C’est tellement fatiguant de réfléchir à toutes mes phrases pour savoir ce que je dois censurer ou non.

Ce soir là, j’ai donc laissé mes envies prendre le dessus.
Je savais que ce n’était pas la chose à faire, et pire encore, ce n’était même pas un vrai « besoin ». Je cherchais surement à me prouver quelque chose, où à compliquer les choses dans ma vie.

Quand les choses sont trop simples, je m’ennuie. J’ai peur. Je ne sais pas faire. J’ai l’impression que ma vie se résume à démêler des nœuds. Donc parfois, je ferme les yeux, je gigote dans tous les sens, et quand je les ouvre à nouveau, je regarde le bordel que j’ai foutu autour de moi. Ma théorie du chaos.

Donc ce soir là, je voulais faire des noeuds. Des gros. Et je ne pouvais pas trouver mieux qu’elle pour m’aider à faire ça.

Ma conscience aurait pu tout arrêter. Surtout que ma conscience avait un joli prénom.

Mais non, c’est autre chose qui m’a stoppé. Une raison ridicule. Tellement ridicule qu’elle m’a stoppée nette.

Chose inimaginable alors, j’ai menti à ma complice. Un demi-mensonge. Une vérité qui cachait le reste. Donc pas de quoi me sentir mal. On a donc parlé, et on a dormi.

Le lendemain, elle m’a dit « Tu ronfles ».
J’étais vexé. Véritablement. Pauvre conne.

J’avais tellement envie de lui dire que j’avais été bien sympa hier soir, que j’avais mis les formes pour la rejeter en douceur. Que malgré le fait que parfois, je puisse être un vrai connard, je me souciais réellement des autres. À ma façon. Qu’en fait, elle était bien plus paumée que moi.

Mais j’ai fermé ma gueule. Parce qu’elle ne méritait pas que je m’en prenne à elle.
Elle était ma complice hier soir. Il ne faut pas devenir l’ennemi de sa complice.