—77 : (Se) mentir jusqu’au bout

La douloureuse impression de jongler avec des couteaux sans manches.

Une même soirée et entendre parler d’elles.
Une même soirée à me méfier de chacune de mes réactions.

Mentir aux gens.
Se mentir à soi-même.

Je pense aller bien, mais dès que je prononce son prénom, la douleur est bien réelle.

Prendre un temps, une demi-inspiration pour voir si les autres ont vu la faille.

Savoir quel rôle jouer.
Entre celles qui me manque et celles qui me détestent.

—76 : Moi = Elle + Elle + Elle…

Parfois, je crois véritablement ce que je dis.
Par exemple, je suis persuadé de prendre mes décisions tout seul.

Mais voilà, lorsqu’une d’entre elles dit qu’elle aime bien une chose, et encore plus quand ça me concerne, elle me conditionne.

Par exemple, elle m’a dit un jour qu’elle m’aimait bien les cheveux rasés. Depuis, c’est ma coupe de cheveux de référence.

Et elle qui aimait tel type de fringues chez un mec : changement progressif de mon style vestimentaire.

Puis un jour, elle qui craque sur ce mec pour des raisons particulières : tentative de récupération du style.

Et elles sont nombreuses.

Aujourd’hui, si je m’aime plus ou moins bien comme je suis, c’est grâce ou à cause d’elles.

—75 : La théorie du vélo

L’art de faire des parallèles bizarres.

On dit que « faire du vélo », ça ne s’oublie pas.

J’ai appris à faire du vélo derrière chez moi, un soir sur un parking avec mon frère. Je me souviens de l’appréhension de ne plus avoir les petites roues pour me faire comprendre qu’il n’allait rien m’arriver de grave.

J’ai appris à faire du vélo sans les mains plusieurs années après. La même peur au début, la même satisfaction ensuite. Une liberté en plus.

Bref. Je sais faire du vélo.

Mais je ne sais toujours pas comment lui plaire.

Pourtant, j’ai eu l’occasion de m’entrainer. D’avoir peur, de tomber, de me promettre que plus jamais je ne retenterais l’expérience. Puis d’y aller quand même, de sentir qu’une fois lancé, tout devient plus simple.

Elle est là. Je pense la connaître. Je pense savoir ce que je fais.
Puis elle m’intimide en étant juste elle-même.

Voilà, c’est clair, je ne sais vraiment pas comment lui plaire.

Une fois, je m’éloigne, pour lui faire comprendre que je lui laisse de l’espace. Et que je suis autonome.
Mais l’autre fois, je me rapproche vite, parce que c’est sa présence que je veux sentir. Et pour qu’elle ne s’habitue pas trop à mon absence.

Elle : « Il y a beaucoup trop de monde aujourd’hui. »

Pour nous faufiler dans cette foule, je veux lui tenir la main et nous sortir de là. Syndrome du héros, comme l’autre elle le dit.

Mais j’ai peur de sa réaction.
Donc je lui prends le bras. Avec la main. Le geste pas du tout naturel.

Je le sais. Et je me demande si elle le sait aussi.
Mais je comprends surtout que quoiqu’il arrive, j’aurais toujours besoin des petites roues pour ce genre de moments.

—74 : Elle ? Ici ?

Un heureux hasard.
Je ne pensais pas du tout la croiser ici.

Je la regarde avec insistance.
Je la regarde avec un sourire.
Va t-elle faire semblant de ne pas me voir ?

Elle arrive. Elle sourit aussi.

On se parle quelques minutes.
Je repense à tous ces moments ratés, ces erreurs de timing.

Elle s’en va.
J’suis content de l’avoir revu.

Je lui envoie un message.
« Te revoir m’a justement donné envie de te revoir ».
Putain, quel con !

—73 : Elle, comme les autres…

C’est typiquement dans ce genre de moment que je doute de moi.

J’ai l’impression que ça va bien.
Elle m’annonce que ça va mal.

Forcément, je me remémore instantanément les dernières jours, mois, moments en commun, et j’analyse.
À ce moment précis, je fais exactement ce qu’on me reproche de faire à longueur de temps.

Elle dit que ça va mal.
Je maintiens que ça va, même si tout n’est pas parfait.

J’ai peur de la perdre.
J’ai peur de mal visualiser les choses.
J’ai peur d’être un peu schizophrène et d’être bloqué avec la mauvaise partie de ma personne : celle qui pue l’optimisme et qui n’est pas foutue de se rendre compte que le bateau prend l’eau.

Puis vient les désormais classiques « malentendus ».
Elle dit que je lui fais comprendre une chose.
Je lui explique que ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, et qu’au contraire, je tente de lui prouver quotidiennement l’inverse.

Et voilà comment, en quelques secondes, elle est passée du statut « Toi, tu sais qui je suis » au statut « Toi aussi, tu te trompes sur mon compte ».

Qu’elle ne me comprenne pas, c’est la pire chose qui puisse m’arriver.

—72 : Une put*** de bonne semaine…

Parfois, j’extrapole.
Les heures se transforment en jours, les jours en semaines, et ainsi de suite…

Nous étions des larves. Il y a plus glamour comme image, je sais.
Tous dans cette chambre, à manger et regarder encore et encore les mêmes DVD, écouter les mêmes disques, lire les mêmes BDs. C’était juste génial.

Une sorte de Woodstock sans alcool, sans drogue, sans sexe et sans Jimmy Hendrix.

Elle et moi, nous étions dans notre coin, dans notre bulle.
Je me souviens qu’elle était dans mes bras, et je pouvais sentir sa peau sous mes doigts.

On ne disait rien. Il ne fallait pas gâcher ce moment.

Et j’ai ouvert ma gueule. Impossible de ne pas savoir.
Sa réponse m’a étonné. Parce qu’elle se mentait à elle-même sans s’en rendre compte.

N’empêche, une fois la bulle éclatée, Woodstock n’existait plus.
Dommage.
Je m’en souviens.
Pas elle.

—71 : Belle et compliquée

Je ne sais pas pourquoi, mais je n’arrive pas à parler d’elle.
L’envie est là, mais je ne trouve pas les mots.

Pourtant, l’histoire fut aussi belle que compliquée.
Sauf qu’aujourd’hui encore, je me sens coupable d’avoir raté tant de choses avec elle.

Et au moins, elle m’aura appris à me remettre (un peu) en question.

—70 : La pire de toutes

Elle. La pire de toutes.

Le plus simple, c’est de la détester.
Le plus dur, c’est de se rendre compte que je l’aime.

La voir, c’est penser à lui faire mal et espérer qu’elle me veut du bien.
Du coup, je l’évite. Ou alors, c’est elle.

—69 : Switch

J’ai du mal à savoir ce que je veux.
Je pense savoir ce que je ne veux pas.

Elle me dit qu’elle veut sortir avec moi.
Moi, je n’ai vraiment pas envie.
C’est physique.

Elle insiste un peu plus chaque jour.
Ça me flatte.
Lui dire non devient une sorte de victoire quotidienne pour moi.

J’ai le pouvoir.

Switch.

La solitude me pèse.
Tout le monde commence à le savoir.

Je lui demande de sortir avec moi.
Elle ne veut plus.

Je ne comprends pas pourquoi.
Sa logique ne me plaît pas. Je lui demande des explications.
Je suis limite méchant dans mes propos.

Dès les premières phrases, elle voit juste.
Je me sens con. Bien fait pour la gueule.

—68 : Le soir où j’ai pleuré deux fois…

Ce n’est pas le lieu qui est important.
Ni les circonstances.

Ce que je retiens malheureusement de ce soir là, c’est que j’ai eu mal.
Un mal moral qui se traduisait par une véritable souffrance physique.

Impossible de prendre le temps d’évaluer les choses.
Impossible de me raisonner.
Le pire : m’entendre pleurer. Dans le silence de sa chambre, j’étais au plus mal.

Ce soir là, j’ai perdu quelque chose.
Et je ne sais toujours pas quoi.
Mais je sais qu’il y a un vide à combler.