—109 : Une histoire d’hommes

Je fais ce que je peux pour ne pas lui ressembler.
Et même quand je suis beaucoup plus que borderline, je me répète que lui et moi, on est pas pareils.

En même temps, j’en sais rien, je ne connais que l’histoire que j’ai bien voulu me raconter à son sujet.
Je ne sais rien de lui.

Il n’empêche… Dans ces moments où je me comporte comme le premier connard venu, j’embarque avec moi ce sentiment de culpabilité qui me pousse à chercher au fond de moi une ou plusieurs bonnes raisons pour justifier mon acte.

Entre le noir et le blanc, je joue avec les nuances de gris.

—108 : A Crash Moment

Premier acte.

Je suis avec elle, dans sa ville, heureux.
Je suis complétement dépendant d’elle, de l’amour que je lui porte, de tout.
Elle transforme radicalement la personne que je suis.

Nous sommes donc ensemble, l’un en face de l’autre.
Je la regarde. J’enregistre le maximum d’images d’elle parce que bientôt, on sera de nouveau loin l’un de l’autre.
Beaucoup de bruits autour de nous, mais on ne se parle pas.
Les silences qui ne gênent pas, comme le dira plus tard Clementine dans « Eternal Sunshine ».

Je tourne la tête, le monde continue de tourner.
Je me fais la réflexion que les hasards de la vie font que les passants se croisent sous mes yeux.
Si ce mec s’était réveillé une seconde plus tard ce matin, il n’aurait pas bousculer cette fille par inadvertance, et je ne l’aurais pas remarqué. Et je peux appliquer cette règle à toute ma vie.
À une seconde près, j’aurais pu la rater elle.

Second acte.

Des mois qu’elle me parlait de ce film.
Collision. (Crash en V.O.).
L’histoire d’une foule de personnages qui ne se connaissent pas au début du film, qui ne se connaîtront toujours pas à la fin, mais dont on verra l’influence qu’ils auront les uns sur les autres, comme un témoin privilégié du fil du « destin ».
Le film n’est pas réellement triste, mais il dégage une certaine forme de mélancolie.
Après les 1h48 du film, je suis en larmes.
Et je la remercie de m’avoir montré ce film.
Elle a bien fait d’insister.
Et je ressens comme un écho.

Troisième acte.

Si je ne l’avais pas connu lui, je ne l’aurais pas connu elle.
Si je ne l’avais pas connu elle, je ne l’aurais pas connu elle non plus.
Et si je ne l’avais pas connu elle, je ne serais pas entrain de l’écouter dans ce restaurant.

Des années qu’on se croise, qu’on se perd de vue, qu’on se retrouve par hasard, etc.
Elle me fait le point sur sa vie, ses deceptions sentimentales, ses envies,…
Pour une raison particulière, elle me parle de ce groupe musical. Ce n’était pas la première fois que ce nom revenait sur le tapis, mais pour une fois, je comprenais mieux.
J’hésite à l’écouter.
Peut-être plus tard.

Quatrième acte.

Elle va se coucher.
Avant d’aller dans son lit, un ultime message : « Si tu veux penser à moi, tu peux écouter… » avec une liste pas trop longue de chansons.
Dedans, l’album d’un groupe dont je connais très bien le nom malgré moi.
Ça me fait sourire.

Je me dis que les hasards n’existent pas.
À une seconde près, je n’aurais jamais écrit toutes ces lignes.

—107 : La main dans le sac

« Tu peux venir deux secondes ? »
Bien sûr.

« C’est quoi ça ? »
Ça, c’est ce qui va signer la fin de mon histoire avec elle.

J’ai toujours du mal à revivre ce moment.
Tout d’abord parce qu’il est douloureux.
Ensuite parce que j’en suis responsable.
Mais aussi parce qu’une partie de moi est persuadée que rien n’est jamais aussi simple.

J’assume mes fautes.
Toutes. Quand elles existent.
Mais ce qui me semble important, c’est pourquoi j’en suis arrivé là.

Manque de compréhension.
Manque de discussion.
Manque d’amour.
Facilité.
Mes propres démons.

J’aurais aimé que les choses se passent autrement.
J’aurais aimé tellement de choses.

—106 : Je ne t’aime plus

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu une malheureuse facilité à tomber amoureux et une impressionnante difficulté à ne plus l’être !

Du coup, c’est toujours elle qui dit « Je ne t’aime plus » la première…

En fait, c’est un concept qui m’échappe encore un peu.
Je me connais un peu, j’arrive à reconnaître les signes d’un amour naissant en moi.
Mais l’inverse, ça ne me dit rien.

Bien sûr, ça ne veut pas dire que je suis aveugle ou stupide. Parfois, un peu avant la fin, elle me gonfle, m’emmerde, me fait me poser de sérieuses questions.
Mais je l’aime toujours.
Même quand une autre squatte un bout de mon temps et ma tête.

L’un n’empêche pas l’autre.
Faut que je travaille sur ce point.

Du coup, pour ne plus l’aimer quand elle me quitte, ça me prends du temps. Juste du temps.
Je peux essayer de me forcer à penser à elle sous un angle négatife ou, plus vicieux, « penser à ne plus penser à elle« , rien y fait : c’est le temps qui fait tout.

Le temps ET la suivante.

—105 : J’ai rendez-vous avec elle

Il m’avait manqué, ce petit rituel…

Aujourd’hui, j’ai rendez-vous avec elle.
Je ne sais pas trop comment ça va se passer, je suis en mode « expectation / reality ».

Il n’empêche que je suis là, entrain de le préparer, devant ce miroir.
Au même moment où je me critique principalement pour mes choix vestimentaires ou sur la longueur de mes cheveux, je me fais la réflexion que cet instant est précieux.

Ma tête fait pause.

Je regarde en arrière, et je me rappelle de ces doutes, de ces douleurs que je me traîne depuis des jours, persuadé que je ne vivrais plus jamais de moments agréables avec une fille.

Je regarde en avant, en me disant que si ça se trouve, dans quelques années, je me souviendrais encore de cet instant précis, quand je me préparais à la voir et que je doutais de moi.

J’aime bien cette pause, parce qu’elle l’a déclenchée.
Parce que oui, tout à l’heure, j’ai rendez-vous.

—104 : Toi

Parce que elle, c’est toi, je vais devoir faire attention à mes mots. Plus que d’habitude.

Je ne peux pas te donner d’indices. Je ne peux pas te dire que je me souviens parfaitement de ta tenue ce jour là. Ni te parler de tes petites phrases. Je ne peux rien faire d’autre que de te mentir en fait.

En même temps, je commence à en avoir l’habitude.
Je te donne l’image que tu attends de moi.
Et pendant ce temps là, je m’épuise à espérer un twist final.

Plus je te vois heureuse sans moi, plus je t’en veux.
Plus je t’en veux, plus je me dis que je devrais ouvrir ma gueule.
Plus je la ferme, plus je m’en veux.
Plus je te vois heureuse sans moi, plus je m’en veux.

—103 : My eyes, my mind…

Il y a des compliments qu’on n’oublie pas.
Qu’ils soient vrais ou non.

Le premier (ou du moins le premier dont je me souviens), il vient d’elle, pendant une baston de regard :

« Non mais je peux pas me concentrer, j’aime trop tes yeux ».

Fierté et méfiance.
Je garde cette phrase dans ma tête pour me rappeler que parfois, on me dit de belles choses.

—102 : L’acte romantique

Ce soir là, j’étais avec mes potes.
Une soirée habituelle, à rire et à penser que demain se ferait avec nous ou ne se ferait pas.

Et je l’aimais.
J’aurais pu interroger toutes les cellules de mon corps, il n’y aurait eu aucun doute sur le sujet.

Donc me voilà physiquement avec mes amis garçons à me déplacer dans ces rues familières, alors que ma tête ne pensait qu’à elle.

À un moment, je ne tiens plus : je dois la voir.
D’où le « Les mecs, je suis désolé, mais je dois la voir » que j’ai sorti à ce moment là.

Il devait être 23h.
Il aurait pu être 3h du matin.
C’était pareil.

La seule chose dont je me souviens, c’est que j’ai escaladé un mur assez haut pour atteindre sa fenêtre.
Le premier promeneur nocturne aurait pu penser que j’étais parti pour cambrioler un appartement.
Je me disais juste que j’étais entrain de faire un acte romantique pour dire à ma petite amie que je pensais à elle.

Bon, par contre, la réveiller, et la voir faire la gueule pour ça, ce n’était pas prévu au programme.

—101 : F*ck this day

Encore une histoire que se termine mal !
En même temps, elle n’a pas bien commencé non plus.

Cette journée était déjà pourrie à cause de l’autre, mais elle a fait encore plus fort.
On avait rendez-vous à 16h.
Elle est arrivée à 17h45. Sans me prévenir.

Bien sûr, elle s’excuse.
Bien sûr, je dis « T’inquiète pas, c’est pas grave ».

On retrouve notre petite bande, on se balade, on discute, je déprime.
J’aime vraiment pas cette journée, j’aime pas cette ambiance.
J’ai envie de rentrer chez moi.

Mais je reste.
Je sais pas pourquoi, mais ça me semble important.

On va d’un point A à un point B. On mange. La nuit tombe.

J’anticipe déjà les emmerdes quand on sort de cette station de métro.
Une bande de mecs devant moi.
Trop de filles dans mon groupe.
Une tentative de drague, une réponse qui ne plaît pas, embrouille.

Instinctivement, je la protège elle plus que les autres.
J’ai peur pour elle, j’ai peur pour moi.

Montée d’adrénaline.
Je gueule fort, je sépare tout le monde, je ne sais pas trop ce que je fais d’autre. Mais tout le monde va bien.

On décide de rentrer.
Elle est sous le choc.

Ma journée de merde n’est rien face à sa soirée.
Je m’inquiète vraiment.
Je me dis que si je ne lui avais pas proposé de passer la soirée ensemble, ça ne serait pas arrivé.
Je me dis que si l’autre n’avait pas gâché ma vie, je n’aurais pas voulu sortir.
Je me dis que tout est de ma faute.

Je parle. Je parle. Je parle.
Et j’arrive à la faire sourire.

—100 : Le petit chaperon rouge

Nous y voilà. La centaine.
J’ai longtemps hésité sur l’importance de l’histoire qui allait avoir l’honneur d’avoir les trois premiers chiffres.

De toutes les Elles qui ont bousculé mes sens, laquelle devait se retrouver dans la lumière ? Bien évidemment, à me poser cette question de toutes les façons possibles, j’en étais presque arrivé à établir une hiérarchie, un système de classement, de rangement : Les importantes, les officielles, les tentatives, etc…

Quand soudain, « le petit chaperon rouge » fit surface…

« Le petit chaperon rouge », c’est cette fille sortie de nulle part, et qui, dans son panier, m’apportait quelques bribes des fantômes passés…

L’histoire me semblait terriblement familière : les mêmes actions déclenchaient les mêmes conséquences. Sauf que les secondes fois sont souvent l’occasion de rattraper les petites erreurs précédentes.

Avec elle donc, j’ai trouvé une certaine forme de paix sur mes interrogations incessantes. Je n’avais plus besoin de me demander ce que j’aurais dû faire dans d’autres circonstances car justement, je pouvais revivre la scène.

Le petit chaperon rouge se parfumait à la seconde chance.

De là à croire qu’effectivement, les signes existent…