—14 : La danse

Elle était juste à quelques mètres de moi. Mais elle dansait avec lui.
Un moment difficile.

Quelques jours avant, tout allait bien. Je venais de passer une soirée exceptionnelle en sa compagnie. Le genre de soirée où l’on se pince mentalement pour être certain de la véracité de l’instant. Je la quittais, avec le sourire, en pensant déjà au lendemain.

Puis les choses ont basculé en une seule nuit. Une suite d’événements que personne n’aurait pu imaginer. Surtout pas moi.

Donc là, elle dansait avec lui. Et je la regardais.
Il lui parlait à l’oreille. Mais je n’étais pas jaloux.

Je me disais juste que j’avais bien merdé. Que je n’avais pas mon mot à dire. Mais qu’elle devait savoir à quel point j’étais désolé.

La chanson s’arrête. Il vient me voir.
« Elle veut te parler« .
Elle s’avance vers moi, puis elle prend ma main. Je ne comprends pas.

On danse.
Je ne comprends toujours pas. Mais je profite juste de ce doux moment.

Elle me parle. Je sursaute.
Est-ce que j’ai bien compris ?
On s’embrasse. J’ai juste les larmes aux yeux.

Elle a le sourire quand je la regarde.
On tourne. On danse. Et je le regarde. Il me fait un clin d’oeil. Je ne sais pas comment le remercier.

Cette fois, il est hors de question de la perdre.

—13 : Boum. Rechute.

Quitter quelqu’un, c’est dur.
Se faire quitter, c’est pire.

Pendant qu’elle tourne la page, je revis continuellement l’histoire pour savoir à quel moment, j’ai merdé.

Pendant qu’elle avance, je tourne en rond.
Quand elle pense à son avenir, je pense encore à elle.

Elle me fait souffrir par son absence.
Je cherche juste un moyen de lui faire encore plus mal.

—11 : Écho

L’impression douloureuse de vivre la même chose à plusieurs reprises.

Entre elle et elle, il y a eu un « Tu peux passer à la maison ce soir ? »
Pourtant, cette phrase, je l’ai lu et entendu à tellement de reprises qu’elle ne devrait pas éveiller mes soupçons.

Mais je sais pas, à chaque fois, je sens que celui-là est différent. Et qu’il annonce une douloureuse rupture.

Entre elle et elle, il y a eu le silence.

Un silence qui ressemblait à un coup de poing dans le ventre. Un silence qui foutait tout en l’air. Un silence méprisant.

Un silence tellement incompréhensible car il faisait suite à plusieurs jours de complicité. Un silence qui cassait un lien. Un silence qui annonçait une disparation dans la vie de l’autre, comme si rien ne s’était passé en fait.

—10 : Les noeuds

Parfois, je suis le méchant.
Mais j’ai toujours une complice. Je ne peux pas mentir à tout le monde. C’est tellement fatiguant de réfléchir à toutes mes phrases pour savoir ce que je dois censurer ou non.

Ce soir là, j’ai donc laissé mes envies prendre le dessus.
Je savais que ce n’était pas la chose à faire, et pire encore, ce n’était même pas un vrai « besoin ». Je cherchais surement à me prouver quelque chose, où à compliquer les choses dans ma vie.

Quand les choses sont trop simples, je m’ennuie. J’ai peur. Je ne sais pas faire. J’ai l’impression que ma vie se résume à démêler des nœuds. Donc parfois, je ferme les yeux, je gigote dans tous les sens, et quand je les ouvre à nouveau, je regarde le bordel que j’ai foutu autour de moi. Ma théorie du chaos.

Donc ce soir là, je voulais faire des noeuds. Des gros. Et je ne pouvais pas trouver mieux qu’elle pour m’aider à faire ça.

Ma conscience aurait pu tout arrêter. Surtout que ma conscience avait un joli prénom.

Mais non, c’est autre chose qui m’a stoppé. Une raison ridicule. Tellement ridicule qu’elle m’a stoppée nette.

Chose inimaginable alors, j’ai menti à ma complice. Un demi-mensonge. Une vérité qui cachait le reste. Donc pas de quoi me sentir mal. On a donc parlé, et on a dormi.

Le lendemain, elle m’a dit « Tu ronfles ».
J’étais vexé. Véritablement. Pauvre conne.

J’avais tellement envie de lui dire que j’avais été bien sympa hier soir, que j’avais mis les formes pour la rejeter en douceur. Que malgré le fait que parfois, je puisse être un vrai connard, je me souciais réellement des autres. À ma façon. Qu’en fait, elle était bien plus paumée que moi.

Mais j’ai fermé ma gueule. Parce qu’elle ne méritait pas que je m’en prenne à elle.
Elle était ma complice hier soir. Il ne faut pas devenir l’ennemi de sa complice.

—8 : La suivante

Un des bons côtés d’une vie de couple, c’est que le temps aidant, tu commences à lier ton quotidien avec l’autre et faire des projets.
Le problème, ce sont les ruptures.

Je me retrouve donc aujourd’hui avec une collection de films, de chansons pour faire l’amour ou pour une Première Danse, des prénoms d’enfants et des lieux de vacances que je ne pourrais pas (re)faire parce qu’ils sont associés à elle, elle ou elle.

Parfois, le hasard, l’inadvertance ou le mensonge fait qu’un même objet soit lié à plus d’une d’entre elles. Et je le vis très bien. Parce que je ne vois pas pourquoi la suivante devrait subir mes pertes de repères à cause d’elles.

—7 : Un choix. Puis un autre.

Le premier choix à faire, bien qu’important, était assez facile en fait. J’ai juste mis beaucoup de temps avant de me décider une bonne fois pour toutes.

Une fois fait, il y a eu un « Nous deux ». Un vrai.

Tout se passait bien, même quand ça se passait mal, parce que ça avait un sens.

Puis, il y a eu ce second choix à faire.
Celui-là était impossible.

À l’époque, je ne parlais pas. Je voulais juste faire au mieux. Je pesais le pour et le contre. Je faisais des listes. Je regardais de façon mathématique et logique si la réponse à donner était la bonne ou non. Et je ne vivais qu’à travers les envies de l’autre.

Pourtant, elle me l’avait reproché. Et je croyais avoir opéré le changement.

Mais non, j’ai pensé à elle avant de penser à moi. Et le choix n’était donc pas sincère.

De « Nous deux », il y a de nouveau juste eu un Elle et un moi.

Puis, plus tard, on a pris le temps d’en parler, histoire de comprendre.
Et j’ai compris.
J’aurais du lui dire ce que je voulais pour nous. Plus tôt en tout cas. Au moins, j’aurais sûrement souffert pour d’autres raisons.

Là, maintenant, je n’ai plus qu’à vivre avec ça. D’avoir fait cette erreur de jugement.
Et ceci explique un peu tout.

—6 : Elle et moi

Il y aura toujours un « Elle et moi ».
Mais il ne sera jamais parfait.

—3 : Un point pour l’humour

« Dis moi que c’est une blague ! »
Ben crois-moi que là, j’aimerais bien te dire que oui.

On était tous les deux à quelques mètres l’un de l’autre. Je sentais que j’allais faire une connerie. De toute façon, il y avait 0% de chances (et encore, c’est loin de la vérité) que ça fonctionne. Mais voilà, j’ai fait comme d’habitude.

Normalement, j’aurais du fermer ma gueule. Faire le mec qui se place devant le tireur pour protéger la fille qu’il aime en secret, pour prendre la balle à sa place et avoir le privilège de la voir pleurer sa mort de héros. Ouais, voilà ce que quelqu’un de normal aurait fait.

Mais pas moi. Depuis un moment, je m’exprime. Parce que je n’ai pas envie de lui mentir sur ce point. Et parce que j’ai besoin de voir sa réaction.

« Dis moi que c’est une blague ! »
Ben non. Mais t’inquiète pas, je dis ça juste pour que tu le saches.

Vite. Dissipons ce malaise.
C’est dans ces moments là que je suis assez fier de mon sens de l’humour. Et donc, je tourne ma déclaration au ridicule. Je m’auto-fous de ma gueule. J’en rigole. J’ai pris Excalibur, je me la plante dans le ventre, je la tourne six fois dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, mais j’en rigole.

Je sais pas pourquoi je ne ferme pas ma gueule parfois. C’est pourtant simple de se mettre dans la trajectoire de la balle.
Mais c’est moins drôle.

—1 : La question

Il fallait que je lui pose la question.
Ça me démangeait. Ça me brûlait de l’intérieur. Je sentais que mon coeur faisait la gueule et qu’il serait capable de reprendre le boulot qu’une fois que j’aurais pris ce risque et entendu la réponse que j’imaginais.

Dans ma tête, toutes les manières de l’interroger ont été passées en revue. Il fallait que ça soit parfait. Comme toujours. Et paradoxalement, il y avait toujours ce petit bout de cerveau qui venait foutre sa merde en disant que je ne vivais qu’à travers des moments imparfaits, donc il fallait que je foire ça pour que ça puisse avoir un sens.

Elle ne me regardait pas. Elle avait une raison valable pour ça. Ce n’était pas de ma faute.
Donc il a fallu que je la dérange quelques secondes.

Elle tourna la tête. Et j’ai lâché ma bombe.
Elle a répondu.

Et comme souvent, je me suis dissocié. La partie visible de l’iceberg a essayé de faire bonne figure. De faire en sorte que les choses se passent bien. Eviter le conflit. Surtout ici.

La partie immergée a eu mal. Elle avait anticipé le choc, elle s’était couverte d’airbags, mais elle a eu mal quand même.

J’étais à la fois déçu, en colère, et soulagé. Un mix que je connaissais bien.

Donc la partie visible savait gérer ça. Mais pendant un moment, comme toujours, je voulais juste qu’elle détecte le mensonge, qu’elle arrache le masque et qu’elle me réconforte. Qu’elle prenne soin de moi. Qu’elle s’excuse.

Si elle l’avait fait, j’aurais essayé de lui faire comprendre que le mal était fait, et que c’était à moi de la rejeter. Pour qu’elle souffre.

Si elle l’avait fait, j’aurais accepté ses excuses, parce que j’avais besoin d’elle.

Mais bien sûr, la partie visible a bien fait son boulot, et elle n’y a vu que du feu. Ou alors, elle s’en foutait.

J’aime pas avoir de réponse.