—5 : Elle ou une autre

Comment expliquer ça ?
Elle était sympa.

On a commencé à se parler, à avoir de bons délires.
On a échangé nos numéros. On a passé la soirée au téléphone.

On avait envie de se voir.
On s’est vus.

Mais je ne me souvenais plus de son visage ou de son regard avant ce rendez-vous.
J’avais peur de la confondre avec une autre fille que j’aimais bien à la même époque.

Je ne me félicite pas.

—4 : Je veux qu’elle passe une bonne soirée

« C’est peut-être con ce que je vais te dire, mais j’ai juste envie de t’embrasser ! »
Oh que oui, c’est très con de ma part, ça. Parce que c’était pas trop le sujet principal, et puis au cas-où je ne l’aurais pas remarqué, c’est une fille qui a juste besoin de mon soutien, pas de mes envies soudaines.

« Oooooooohhhhhh ! »
Attends. Attends. Elle vient de faire « Oooooooohhhh ! » ???
Elle est pas choquée ? Elle se sent pas trahie ?
Est-ce qu’elle a bien compris que ce n’est pas un « Big Hugs » de réconfort que je veux lui faire ?

Y’a un petit doute là. Parce qu’elle tend ses bras vers moi.

Bon, maintenant que j’ai déclenché cette suite d’événements, je ne peux plus faire marche-arrière. Dans ma tête, j’avais tellement prévu le refus que je ne sais plus trop qui je suis là. Mais c’est tellement bon.

Je m’approche d’elle, mes bras en avant, et ma tête se rapproche de la sienne.
Le temps s’arrête. Si ça se trouve, elle veut un câlin et un bisou sur la joue. Non, c’est clair qu’elle veut ça. C’est pas possible autrement.

Mais dans le doute, j’avance droit vers ses lèvres. J’ai largement le temps de dévier au dernier moment, et sauver la confiance qu’elle me porte.

Et en fait non, j’ai pas le temps. On est entrain de s’embrasser. Vraiment.
Et même si j’ai un peu honte, j’aime ça.

Je ne veux pas la faire souffrir. Je ne veux pas qu’elle pense que j’abuse de la situation.
Mais je lui fait aussi comprendre que ce baiser n’est pas anodin. Que je tiens à elle, malgré ce moment qui ne se reproduira peut-être pas.

Il n’y a pas de silence quand on arrête notre baiser. On recommence notre conversation. Mais on reste conscient de ce qui vient de se passer. On a le sourire d’ailleurs. Et de la voir sourire, c’est la plus belle chose que je retiens de cette soirée.

On continue de discuter. On va d’un point à un autre. Je l’écoute. Je lui dis ce que je pense de telle ou telle chose, et je l’écoute encore. Je lui dis qu’il y a des chances que je veuille l’embrasser à nouveau plus tard. Je me sens con parce que j’ai l’impression de ne pas savoir me tenir et ne penser qu’à moi. Elle sourit. Et je l’écoute encore.

On se dit au revoir. Je vois qu’elle est triste. Pas à cause de moi. Et là, j’ai juste envie de la faire se sentir mieux. J’insiste sur ce point. Il faut qu’elle aille mieux. Parce que j’ai envie d’aller mieux aussi, donc si j’arrive à la faire remonter à la surface, j’arriverais à le faire avec moi.

Elle me serre dans ses bras. Je la serre dans les miens. Je veux inverser la tendance et trouver LA phrase qui effacera ses vraies douleurs. Je veux croire que cette phrase existe, donc je la cherche pendant notre étreinte.

Bien sûr, je ne trouve pas les mots. Et j’ai pas envie de la retenir contre son gré. Il faut qu’elle rentre se reposer. Je repense à cette seconde envie de baiser quelques heures plus tôt, et je me sens con à l’idée de savoir qu’elle s’imagine que si je suis encore là maintenant, c’est pour avoir ma récompense.

Je tiens à elle. Je veux la garder avec moi pour prendre en charge toutes ses idées noires. Je veux qu’elle parte pour qu’elle sache que je peux veiller sur elle à distance, avec ou sans baiser bonus.

Elle commence à s’en aller. Et on s’embrasse à nouveau. C’est un baiser d’espoir. Il a un sens. Je le pense sincèrement. Et elle rentre.

Je sais pertinemment que ce n’est pas grâce à moi ou grâce à ça qu’elle ira mieux. Mais j’ai l’impression qu’on a passé une bonne soirée quand même.

—3 : Un point pour l’humour

« Dis moi que c’est une blague ! »
Ben crois-moi que là, j’aimerais bien te dire que oui.

On était tous les deux à quelques mètres l’un de l’autre. Je sentais que j’allais faire une connerie. De toute façon, il y avait 0% de chances (et encore, c’est loin de la vérité) que ça fonctionne. Mais voilà, j’ai fait comme d’habitude.

Normalement, j’aurais du fermer ma gueule. Faire le mec qui se place devant le tireur pour protéger la fille qu’il aime en secret, pour prendre la balle à sa place et avoir le privilège de la voir pleurer sa mort de héros. Ouais, voilà ce que quelqu’un de normal aurait fait.

Mais pas moi. Depuis un moment, je m’exprime. Parce que je n’ai pas envie de lui mentir sur ce point. Et parce que j’ai besoin de voir sa réaction.

« Dis moi que c’est une blague ! »
Ben non. Mais t’inquiète pas, je dis ça juste pour que tu le saches.

Vite. Dissipons ce malaise.
C’est dans ces moments là que je suis assez fier de mon sens de l’humour. Et donc, je tourne ma déclaration au ridicule. Je m’auto-fous de ma gueule. J’en rigole. J’ai pris Excalibur, je me la plante dans le ventre, je la tourne six fois dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, mais j’en rigole.

Je sais pas pourquoi je ne ferme pas ma gueule parfois. C’est pourtant simple de se mettre dans la trajectoire de la balle.
Mais c’est moins drôle.

—2 : Comme un rituel

C’était l’un de ces nombreux moments magiques.
Il n’y avait pourtant rien de spécial vu de l’extérieur. On était juste à côté l’un de l’autre, et on regardait la même chose pendant des heures.

Rien que ça, c’était une bonne chose. Parce que depuis des mois, on passait notre temps à faire de notre vie une montagne russe. Et tout le monde sait que je ne supporte pas les montagnes russes.

Les lumières étaient souvent éteintes à ce moment là. On ne se parlait pas trop, sauf pour dire des conneries du genre « Tu veux du jus ? » ou « Bouge pas, je vais aux toilettes ». Mais en dehors de ça, on n’avait pas besoin de parler. On avait juste à rire ensemble et être impatient en même temps.

Je ne sais même plus s’il y avait un contact physique entre nous dans ces moments là. Je pense que oui, parce que je ne vois pas comment j’aurais pu faire autrement. Mais c’était vraiment pas le plus important. On était juste ensemble.

Parfois, quelqu’un venait déranger cet équilibre en passant dans notre espace vital. Mais dans ces moments là, on savait très bien que ce n’était qu’un petit imprévu et que les choses recommenceraient d’elles-mêmes une fois que l’élément extérieur aura disparu de notre champ de vision.

C’est aussi pour ce genre de moment que je suis tombé amoureux d’elle.

—1 : La question

Il fallait que je lui pose la question.
Ça me démangeait. Ça me brûlait de l’intérieur. Je sentais que mon coeur faisait la gueule et qu’il serait capable de reprendre le boulot qu’une fois que j’aurais pris ce risque et entendu la réponse que j’imaginais.

Dans ma tête, toutes les manières de l’interroger ont été passées en revue. Il fallait que ça soit parfait. Comme toujours. Et paradoxalement, il y avait toujours ce petit bout de cerveau qui venait foutre sa merde en disant que je ne vivais qu’à travers des moments imparfaits, donc il fallait que je foire ça pour que ça puisse avoir un sens.

Elle ne me regardait pas. Elle avait une raison valable pour ça. Ce n’était pas de ma faute.
Donc il a fallu que je la dérange quelques secondes.

Elle tourna la tête. Et j’ai lâché ma bombe.
Elle a répondu.

Et comme souvent, je me suis dissocié. La partie visible de l’iceberg a essayé de faire bonne figure. De faire en sorte que les choses se passent bien. Eviter le conflit. Surtout ici.

La partie immergée a eu mal. Elle avait anticipé le choc, elle s’était couverte d’airbags, mais elle a eu mal quand même.

J’étais à la fois déçu, en colère, et soulagé. Un mix que je connaissais bien.

Donc la partie visible savait gérer ça. Mais pendant un moment, comme toujours, je voulais juste qu’elle détecte le mensonge, qu’elle arrache le masque et qu’elle me réconforte. Qu’elle prenne soin de moi. Qu’elle s’excuse.

Si elle l’avait fait, j’aurais essayé de lui faire comprendre que le mal était fait, et que c’était à moi de la rejeter. Pour qu’elle souffre.

Si elle l’avait fait, j’aurais accepté ses excuses, parce que j’avais besoin d’elle.

Mais bien sûr, la partie visible a bien fait son boulot, et elle n’y a vu que du feu. Ou alors, elle s’en foutait.

J’aime pas avoir de réponse.