—59 : L’heure des comptes…

Qu’est-ce que je ferais sans elle ?
Je ne sais pas combien de fois elle m’a vu pleurer, me plaindre, douter… Et elle est encore là.
J’essaye de lui faire comprendre que je n’ai pas confiance en moi, que jamais personne ne m’aimera.
Elle me dit exactement le contraire.

Elle n’est plus là, mais elle avait vu juste.
Depuis, il y a eu tellement de « Elles » dans ma vie que j’en écris des lignes et des lignes.

—58 : Elle ?

Je ne me rappelle plus son prénom.
En même, je m’en fous un peu.

Cette situation est plus qu’improbable : je suis chez elle, j’ai ramené des croissants, et je ne sais pas ce que je fous là en fait.

J’ai peur de comprendre.
Ou alors, j’ai peur de mal comprendre.
Ou alors, j’ai peur de comprendre qu’il y a une troisième voie, et qu’elle est vraiment bizarre si c’est bien ça.

Je me dis que c’est un peu moche chez elle en fait.
Je ne comprends pas qu’elle puisse faire la fière dans cet espace.
En même temps, c’est pas elle qui a fait la déco.
Mais bon, ça en dit quand même pas mal sur son milieu.

On échange deux trois banalités.
On meuble.
Et part « on », j’entends « je ».

Je ne sais plus comment on en est arrivé là, mais maintenant, je suis au sol, au-dessus d’elle.
Je fais le truc le plus ridicule du monde : je la chatouille.

Elle rit.
Mais même son rire sonne faux.
Elle sait le pouvoir qu’elle a sur moi et sur les autres.

J’essaye de lire en elle en la regardant droit dans les yeux.
Cette fois, j’en suis certain : elle joue. Elle provoque. C’est son truc.

Je rentre dans son jeu.
J’essaye de l’embrasser.
Elle refuse.
Je me vexe. Je retente.
Elle ne s’énerve pas, mais n’accepte toujours pas.

Je le savais. Putain, je le savais et j’ai quand même essayé.
Je me rassure en me disant qu’elle avait obtenu ce qu’elle voulait, mais que je l’avais compris bien avant elle.

Ça sonnerait presque comme une victoire pour moi.

—57 : Un jour oui, un jour non…

Elle dit que je suis « trop gentil »…
Je veux bien la croire, mais je ne sais toujours pas ce que ça veut dire. « Trop gentil » par rapport à quoi, à qui… Est-ce qu’il y a une moyenne à respecter ? Est-ce vraiment un handicap d’essayer de faire au mieux ?

Des semaines que je pense à elle.
C’est bizarre comme le destin semble faire de votre vie une chorégraphie parfaitement maitrisée.
J’en rencontre une.
Je lui dis que même si je ne la connais pas, je sais exactement avec qui elle pourrait être.
Elle vient avec ses amies (dont elle), je fais les présentations.
Elles sortent avec mes potes, je me retrouve seul.

Les chiffres impairs, ça ne devrait pas exister.

Des semaines que je pense à elle.
Elle me dit que c’est fini avec lui.
Je suis triste pour elle.
Je suis (un peu) heureux pour moi.
On discute.
Elle me dit quand fait, c’est avec un mec comme moi qu’elle devrait être.
Cette phrase résonne dans ma tête. Ai-je bien entendu ? Le temps appuie sur la touche « pause ».

J’analyse. Je doute de la véracité de cette phrase. J’ai envie d’exploser de joie. Je reste calme. Je sais qu’elle vient de le quitter. Je doute de moi. Je place cette déclaration dans la catégorie « je me souviendrais toujours de ce moment ». Je la regarde. Je baisse les yeux. Je me demande si elle a vraiment dit ça. Je me vois entrain de bloquer sur cette information à travers ses yeux. Je me demande depuis combien de temps je suis dans cet état. Les secondes sont devenues des heures. Je me bouffe une baffe pour faire repartir la machine. J’enchaine.

Je lui demande donc si ça veut bien dire ce que je pense.
Elle répond oui.
Elle ajoute même qu’elle veut sortir avec moi.

Je suis « trop gentil ».
Je lui explique qu’elle vient à peine de rompre avec lui.
Que j’ai moi aussi envie de sortir avec elle, mais qu’il faut qu’elle se donne un peu de temps.
Qu’elle y réfléchisse tranquillement, ce soir, chez elle.

J’ai envie de l’embrasser.
Je ne fais rien pour.

Cette nuit-là, je réfléchis à sa place.

Est-ce que je dois prévenir mon pote ?
Je me dis que non, car il savait mes sentiments pour elle avant qu’ils se mettent ensemble.

Est-ce que je saurais la rendre heureuse ?
Normalement oui, vu qu’elle m’a dit que c’était avec un mec comme moi qu’elle devrait être.

Le lendemain.
Elle frappe à ma porte.
Mon coeur bat plus vite.

« Tu veux parler ici ou on sort ? »
On sort.

J’ai l’impression qu’elle a ma vie entre ses mains.
J’attends sa « réponse ».

« J’en ai parlé avec la soeur hier et… [BLABLABLA / SOUVENIRS FLOUS] en fait, c’est mieux si on sort pas ensemble ».
Je souris. Je dis que je comprends. Que j’ai bien fait de lui dire de réfléchir.

PUTAIN !!!
Je suis « trop gentil ».
En 24 heures, je l’ai touché du doigt et la revoilà des kilomètres de moi. Inaccessible une fois encore.
Je me déteste pour avoir été raisonnable.
Je suis fier de moi parce que je n’ai pas abusé d’une situation.

—56 : Rendez-vous chez elle

Il y a des premières fois qui marquent.

La première fois que je suis allé chez elle… je me suis perdu en route.
Disons qu’on ne s’était pas trop compris sur le sens de « là, tu tournes à droite ».

Il faisait nuit. Il était tard.
Je n’avais pas de smartphone avec GPS intégré. Je n’avais pas de téléphone en fait.
J’avais le choix entre rentrer chez moi ou errer dans les rues jusqu’à trouver sa maison.
Je suis resté.

Je repense aux chemins improbables que j’ai pris.
J’avais tellement envie de la voir que j’avais laissé de côté la logique.

J’ai encore le sourire quand je me revois entrain de demander à la police de m’indiquer la route.
Je l’ai encore plus quand je repense à son soulagement quand je suis enfin arrivé chez elle… avec presque 3 heures de retard.

3 heures de moins dans notre histoire.

—55 : D’homme à homme

« De ces rejets si nombreux, de toutes ces joues tournées, de ces jalousies enfantines et ces frustrations adolescentes date mon addiction aux lèvres de femmes. Quand on a tant essuyé de refus et tant espéré sans oser, comment ne pas considérer chaque baiser comme une victoire ? Je ne parviendrais jamais à me défaire de l’idée que toute femme qui veut bien de moi est la plus belle du monde.

On peut oublier son passé. Cela ne veut pas dire qu’on va s’en remettre. »
Frederic Beigbeder – Un roman français

J’aurais du le comprendre bien avant
: j’aurais beau parler d’elles, il faut avoir été un homme timide pour me deviner qui je suis en dessous de la surface visible.

—54 : This is the End…

Je commence l’écriture de ce récit dans un bus.
À elle pourtant, j’avais pris le temps d’expliquer qu’il ne fallait pas écrire sur les moments présents, histoire de trouver les mots justes (quête vaine par excellence).

Mais là, c’est différent.
L’impression d’avoir compris une chose.
La nécessité de me mettre en garde.

Je pense au film Memento de Christopher Nolan.
L’histoire d’un homme qui ne peut plus se souvenir de quoique ce soit depuis le meurtre de sa femme. Un homme en quête de vérité. Méthodique. Qui se retrouve à noter toutes les informations importantes de sa vie pour avancer vers une certaine forme de vérité.

Une scène en particulier me revient en tête.
Leonard (le héros) décide de donner un coup de main à Natalie (interprétée par Carrie-Anne Moss). Mauvaise idée, car elle profitera de la situation, en lui expliquant ouvertement de quelle manière elle allait si prendre, ne sachant que trop bien qu’il aura tout oublié dans quelques secondes.

Elle sort de la pièce.
Léonard panique, cherche de quoi écrire, ne trouve rien.
Elle rentre.
Il a déjà oublié.

Donc me voilà donc dans ce bus, à écrire pour ne pas oublier.

Ce soir, j’ai compris que les certitudes sont comme les vérités : c’est d’abord et surtout une question d’interprétation.

Je lui explique à quel point en ce moment, je suis plus paumé que d’habitude.

Que j’avais essayé de faire le point sur moi, de voir quelles options s’offraient à moi pour ne pas sombrer réellement à mon tour : j’aime bien les héros un peu paumés, parce qu’ils me semblent familiers, mais j’ai peur de trop prendre de plaisir à me morfondre continuellement.

De mes séances d’auto-analyse, il en était ressorti que depuis toutes ces années, je n’avais fait que fuir en avant, en essayant de me persuader que j’arrivais à aller mieux malgré son absence.

Sauf que la dernière claque en date à réveiller toutes les douleurs que je n’avais jamais soigné.

Bien sûr, elle avait déjà entendu ces mots dans le désordre durant toutes ces années. La mauvaise impression de faire du surplace. Alors que cette fois (comme toutes les autres), c’était différent. Je ne saurais dire en quoi, mais je le sentais du profond de mon être.

D’ailleurs, petit aparté, je me rends compte seulement maintenant qu’à chaque fois que je lui parlais de nous depuis notre rupture, j’avais l’impression de jouer ma vie. La même peur dans mes mots. Bref.

Elle répondait à chacune de mes phrases. Parfois passablement énervée. Parfois compréhensive. Mais toujours par un dialogue de sourd. En face de moi, celle qui connait tout de moi ne me comprenait pas. Une fissure de plus. Peut-être la plus importante.

Et vint le moment le plus difficile : je lui disais que selon moi, notre histoire était intemporel. Qu’on aurait pu se rencontrer maintenant, qu’on aurait pratiquement vécu la même chose.

Elle me répondit honnêtement que non. Même pas un « j’en doute ». Un vrai non.

De ce petit moment, j’en ai retiré beaucoup d’informations.
La principale étant qu’elle ne m’aimait plus.
Je m’en doutais, hein.
Et que j’avais même eu de la chance qu’elle m’aime un jour en fait.

Voilà. J’avais basé ma relation avec elle sur un hasard de calendrier en fait.
J’avais basé mes relations avec les autres sur un coup de bol.
Bien sûr, ce n’est pas ce qu’elle a voulu dire, mais c’est comme ça que je l’ai compris.

Donc, ce soir, je ne sais plus rien en fait.

—53 : Good Guy / Bad Guy

Soyons honnêtes quelques secondes.
Essayons au moins.

Même dans mes moments les plus controversés, je ne me suis jamais considéré comme « le méchant ».

Moi, je suis (généralement) le mec sympa. L’épaule. Le meilleur ami pratiquement gay des filles à problèmes. Celui qui tombe donc amoureux de la demoiselle en détresse mais qui restera dans la friendzone.

Du coup, quand elle se plaint du méchant, j’ai envie de commencer toutes mes phrases par « Moi, je ne suis pas comme ça… »

Glisser une semi-déclaration dans ce genre de moment, ce n’est jamais une bonne idée…

Il n’empêche qu’on demande toujours aux mecs « gentils » comme moi d’être compréhensifs. Comprenez par là de garder les sentiments et les pulsions sexuelles bien à l’écart, d’oublier que l’autre est de sexe opposé, et par conséquent une partenaire potentiel…

Ça, je veux bien.
Mais parfois, vraiment, ça ne se contrôle pas…

Du coup, quand elle se demande pourquoi « le méchant » est méchant, j’ai juste envie de lui rappeler que « le gentil », par opposition… est gentil. Et qu’il semble correspondre à ses attentes.

Sauf que « le gentil », il est un trop bon pote, limite comme un frère. Y’a pas mieux pour dire « Je veux pas de toi ».

Tout ça pour dire que dans ces moments là, je me dis toujours à un moment : « Pourquoi lui ? Est-ce que je dois te faire du mal pour que tu m’aimes un peu ? »

—52 : Le sens du sacrifice

La regarder.
Faire comme si de rien était.
N’avoir qu’une seule idée en tête : lui dire que tout ça, c’est des conneries, que je l’aime et qu’on devrait ensemble.

Je ne sais pas à quel moment j’ai appris à faire semblant.
Mais c’est dingue comment je le fais bien.
Parfois, même moi, j’y crois.

Quand elle est là, je n’ose pas. Je suis dans mon rôle, je joue ma partition comme un petit virtuose. J’improvise à m’en fatiguer le coeur.
Quand je rigole avec elle, j’ai aussi envie de pleurer parce qu’elle ne sait pas tout le bien que je nous lui souhaite. J’en fais des tonnes pour trouver un moyen de substitution, mais y’a vraiment pas d’équivalent à l’amour que je lui porte.

Quand elle n’est pas là, je réfléchis. Trop.
Je me dis que je suis forcement une personne bien, parce que je me sacrifie pour ne pas être égoïste.
Je me dis qu’un jour ou l’autre, la vérité éclatera et on se rendra compte que même les deux genoux à terre, j’ai tout fait pour privilégier l’autre avant ma petite personne.

Le problème, c’est que je ne sais pas à quoi ça sert. Si encore, je me disais que mes efforts seraient forcement récompensés à la fin de l’histoire, je continuerai sur la lancée le coeur léger. Mais non, je n’oublie jamais que si ça se trouve, je fais tout ça pour rien. La fierté personnelle, c’est du vent…

—51 : « Vous avez un nouveau message »

Je l’aime. C’est indéniable.
Mais surtout, elle arrive encore à me surprendre.

Petite pause.
J’allume mon téléphone, et je découvre que j’ai un message sur mon répondeur.
Je l’écoute.

Elle ne parle pas.
Mais elle me laisse 4 minutes et 46 secondes de musique.
Une chanson que j’adore. Elle me connaît bien.

Je l’imagine sourire.

Et je l’aime un peu plus à ce moment précis. C’est indéniable.

—50 : SMS

« Coucou. J’espère que je ne te dérange pas. Je t’envoie ce message pour te dire que tu me manques. Vraiment. J’aurais pas du te laisser partir. Et je t’aime encore. Depuis tout ce temps, j’ai vraiment essayé de ne plus penser à toi de cette façon, mais il est clair que j’ai besoin d’être avec toi. T’es la seule à me comprendre, et t’es aussi la seule que j’ai envie de comprendre. Appelle-moi quand tu as un peu de temps. »

Puis j’efface ce message.

« Coucou. Je t’envoie ce petit message pour savoir comment tu vas en ce moment. »