—66 : Tu m’as manqué, tu sais ?

Enfin de retour, après quelques jours sans elle
Les retrouvailles ne sont pas énormes, mais c’est parce que je suis timide.

Pour lui faire comprendre que je tiens à elle, je lui raconte mes vacances, et surtout ce moment où une autre fille m’avait demandé de sortir avec elle, et que moi, fier comme jamais, j’avais dit « non » parce que… ben parce que je tenais à elle.



C’est limite si elle s’en foutait en fait.

C’est un peu vexant ça.

—63 : Un putain de « coup de foudre »

Un coup de foudre !
UN PUTAIN DE COUP DE FOUDRE !

On était tous ensemble, à ne rien faire, mais à le faire bien.
Pause.

Là, je la vois.

Coup de foudre donc !!!

En temps normal, j’ai beaucoup de mal à faire comprendre à l’autre qu’elle me plait.
Là, c’est forcément pire.
On ne se connait même pas.
Mais il faut absolument que je m’exprime.
Je dis n’importe quoi. Je comble mon manque de confiance avec n’importe quelle phrase qui sonne jolie dans ma tête.

Elle sourit.
Mais elle ne comprends pas.
Logique. Y’a trop de monde ici, on a pas assez de temps.

J’ai chaud.

Fin de cette pause.
On s’en va.
Je passe la journée à penser à ces quelques secondes.

Deux jours après.
Je retourne dans ce lieu où le coup de foudre a eu lieu. Elle n’est pas là.
Le lendemain.
Pareil.
Le lendemain.
Pareil.
Le lendemain.
Pareil.
Le lendemain.
Pareil.
Le lendemain.
Elle est là.

Je n’ose toujours pas lui parler. Je demande à quelqu’un de lui faire passer le message.
Puis j’assume. J’y vais.
Elle me dit « j’ai un mec ».

C’était trop beau.

—60 : La nuit de plus

C’est un peu comme si j’étais deux personnes.
Une partie ment, l’autre fait comme si de rien était.

Je suis chez elle, et ma conscience fait des montagnes russes.

Je lui donne l’illusion que je suis celui qu’elle a appris à connaître.
Je me donne l’illusion que cet instant sonne vrai.

C’est bizarre comme sensation. Je sais que je (me) mens. Je n’en suis pas fier, mais je ne me sens pas honteux non plus. À chaque fois, je m’étonne de cette facilité à inventer des choses crédibles. Et je me dis que je lui ressemble beaucoup plus que je ne le voudrais.

« Les chiens ne font pas des chats ». Mouais…

Quand je lui dit n’importe quoi, j’ai l’impression que c’est moi que j’essaye de protéger. J’ai envie de croire ce que je dis.

Entre semi-vérités et oublis volontaires.

Elle me demande où j’en suis dans ma vie.
Cette fois, je sais exactement pourquoi j’esquive la réalité.
La suite est évidente. Pour elle comme pour moi.
Quelque part, j’espère qu’elle se rend compte de la supercherie, mais qu’elle aussi fait semblant.

Et dire que c’est la dernière fois que je la vois.

—57 : Un jour oui, un jour non…

Elle dit que je suis « trop gentil »…
Je veux bien la croire, mais je ne sais toujours pas ce que ça veut dire. « Trop gentil » par rapport à quoi, à qui… Est-ce qu’il y a une moyenne à respecter ? Est-ce vraiment un handicap d’essayer de faire au mieux ?

Des semaines que je pense à elle.
C’est bizarre comme le destin semble faire de votre vie une chorégraphie parfaitement maitrisée.
J’en rencontre une.
Je lui dis que même si je ne la connais pas, je sais exactement avec qui elle pourrait être.
Elle vient avec ses amies (dont elle), je fais les présentations.
Elles sortent avec mes potes, je me retrouve seul.

Les chiffres impairs, ça ne devrait pas exister.

Des semaines que je pense à elle.
Elle me dit que c’est fini avec lui.
Je suis triste pour elle.
Je suis (un peu) heureux pour moi.
On discute.
Elle me dit quand fait, c’est avec un mec comme moi qu’elle devrait être.
Cette phrase résonne dans ma tête. Ai-je bien entendu ? Le temps appuie sur la touche « pause ».

J’analyse. Je doute de la véracité de cette phrase. J’ai envie d’exploser de joie. Je reste calme. Je sais qu’elle vient de le quitter. Je doute de moi. Je place cette déclaration dans la catégorie « je me souviendrais toujours de ce moment ». Je la regarde. Je baisse les yeux. Je me demande si elle a vraiment dit ça. Je me vois entrain de bloquer sur cette information à travers ses yeux. Je me demande depuis combien de temps je suis dans cet état. Les secondes sont devenues des heures. Je me bouffe une baffe pour faire repartir la machine. J’enchaine.

Je lui demande donc si ça veut bien dire ce que je pense.
Elle répond oui.
Elle ajoute même qu’elle veut sortir avec moi.

Je suis « trop gentil ».
Je lui explique qu’elle vient à peine de rompre avec lui.
Que j’ai moi aussi envie de sortir avec elle, mais qu’il faut qu’elle se donne un peu de temps.
Qu’elle y réfléchisse tranquillement, ce soir, chez elle.

J’ai envie de l’embrasser.
Je ne fais rien pour.

Cette nuit-là, je réfléchis à sa place.

Est-ce que je dois prévenir mon pote ?
Je me dis que non, car il savait mes sentiments pour elle avant qu’ils se mettent ensemble.

Est-ce que je saurais la rendre heureuse ?
Normalement oui, vu qu’elle m’a dit que c’était avec un mec comme moi qu’elle devrait être.

Le lendemain.
Elle frappe à ma porte.
Mon coeur bat plus vite.

« Tu veux parler ici ou on sort ? »
On sort.

J’ai l’impression qu’elle a ma vie entre ses mains.
J’attends sa « réponse ».

« J’en ai parlé avec la soeur hier et… [BLABLABLA / SOUVENIRS FLOUS] en fait, c’est mieux si on sort pas ensemble ».
Je souris. Je dis que je comprends. Que j’ai bien fait de lui dire de réfléchir.

PUTAIN !!!
Je suis « trop gentil ».
En 24 heures, je l’ai touché du doigt et la revoilà des kilomètres de moi. Inaccessible une fois encore.
Je me déteste pour avoir été raisonnable.
Je suis fier de moi parce que je n’ai pas abusé d’une situation.

—54 : This is the End…

Je commence l’écriture de ce récit dans un bus.
À elle pourtant, j’avais pris le temps d’expliquer qu’il ne fallait pas écrire sur les moments présents, histoire de trouver les mots justes (quête vaine par excellence).

Mais là, c’est différent.
L’impression d’avoir compris une chose.
La nécessité de me mettre en garde.

Je pense au film Memento de Christopher Nolan.
L’histoire d’un homme qui ne peut plus se souvenir de quoique ce soit depuis le meurtre de sa femme. Un homme en quête de vérité. Méthodique. Qui se retrouve à noter toutes les informations importantes de sa vie pour avancer vers une certaine forme de vérité.

Une scène en particulier me revient en tête.
Leonard (le héros) décide de donner un coup de main à Natalie (interprétée par Carrie-Anne Moss). Mauvaise idée, car elle profitera de la situation, en lui expliquant ouvertement de quelle manière elle allait si prendre, ne sachant que trop bien qu’il aura tout oublié dans quelques secondes.

Elle sort de la pièce.
Léonard panique, cherche de quoi écrire, ne trouve rien.
Elle rentre.
Il a déjà oublié.

Donc me voilà donc dans ce bus, à écrire pour ne pas oublier.

Ce soir, j’ai compris que les certitudes sont comme les vérités : c’est d’abord et surtout une question d’interprétation.

Je lui explique à quel point en ce moment, je suis plus paumé que d’habitude.

Que j’avais essayé de faire le point sur moi, de voir quelles options s’offraient à moi pour ne pas sombrer réellement à mon tour : j’aime bien les héros un peu paumés, parce qu’ils me semblent familiers, mais j’ai peur de trop prendre de plaisir à me morfondre continuellement.

De mes séances d’auto-analyse, il en était ressorti que depuis toutes ces années, je n’avais fait que fuir en avant, en essayant de me persuader que j’arrivais à aller mieux malgré son absence.

Sauf que la dernière claque en date à réveiller toutes les douleurs que je n’avais jamais soigné.

Bien sûr, elle avait déjà entendu ces mots dans le désordre durant toutes ces années. La mauvaise impression de faire du surplace. Alors que cette fois (comme toutes les autres), c’était différent. Je ne saurais dire en quoi, mais je le sentais du profond de mon être.

D’ailleurs, petit aparté, je me rends compte seulement maintenant qu’à chaque fois que je lui parlais de nous depuis notre rupture, j’avais l’impression de jouer ma vie. La même peur dans mes mots. Bref.

Elle répondait à chacune de mes phrases. Parfois passablement énervée. Parfois compréhensive. Mais toujours par un dialogue de sourd. En face de moi, celle qui connait tout de moi ne me comprenait pas. Une fissure de plus. Peut-être la plus importante.

Et vint le moment le plus difficile : je lui disais que selon moi, notre histoire était intemporel. Qu’on aurait pu se rencontrer maintenant, qu’on aurait pratiquement vécu la même chose.

Elle me répondit honnêtement que non. Même pas un « j’en doute ». Un vrai non.

De ce petit moment, j’en ai retiré beaucoup d’informations.
La principale étant qu’elle ne m’aimait plus.
Je m’en doutais, hein.
Et que j’avais même eu de la chance qu’elle m’aime un jour en fait.

Voilà. J’avais basé ma relation avec elle sur un hasard de calendrier en fait.
J’avais basé mes relations avec les autres sur un coup de bol.
Bien sûr, ce n’est pas ce qu’elle a voulu dire, mais c’est comme ça que je l’ai compris.

Donc, ce soir, je ne sais plus rien en fait.

—53 : Good Guy / Bad Guy

Soyons honnêtes quelques secondes.
Essayons au moins.

Même dans mes moments les plus controversés, je ne me suis jamais considéré comme « le méchant ».

Moi, je suis (généralement) le mec sympa. L’épaule. Le meilleur ami pratiquement gay des filles à problèmes. Celui qui tombe donc amoureux de la demoiselle en détresse mais qui restera dans la friendzone.

Du coup, quand elle se plaint du méchant, j’ai envie de commencer toutes mes phrases par « Moi, je ne suis pas comme ça… »

Glisser une semi-déclaration dans ce genre de moment, ce n’est jamais une bonne idée…

Il n’empêche qu’on demande toujours aux mecs « gentils » comme moi d’être compréhensifs. Comprenez par là de garder les sentiments et les pulsions sexuelles bien à l’écart, d’oublier que l’autre est de sexe opposé, et par conséquent une partenaire potentiel…

Ça, je veux bien.
Mais parfois, vraiment, ça ne se contrôle pas…

Du coup, quand elle se demande pourquoi « le méchant » est méchant, j’ai juste envie de lui rappeler que « le gentil », par opposition… est gentil. Et qu’il semble correspondre à ses attentes.

Sauf que « le gentil », il est un trop bon pote, limite comme un frère. Y’a pas mieux pour dire « Je veux pas de toi ».

Tout ça pour dire que dans ces moments là, je me dis toujours à un moment : « Pourquoi lui ? Est-ce que je dois te faire du mal pour que tu m’aimes un peu ? »

—52 : Le sens du sacrifice

La regarder.
Faire comme si de rien était.
N’avoir qu’une seule idée en tête : lui dire que tout ça, c’est des conneries, que je l’aime et qu’on devrait ensemble.

Je ne sais pas à quel moment j’ai appris à faire semblant.
Mais c’est dingue comment je le fais bien.
Parfois, même moi, j’y crois.

Quand elle est là, je n’ose pas. Je suis dans mon rôle, je joue ma partition comme un petit virtuose. J’improvise à m’en fatiguer le coeur.
Quand je rigole avec elle, j’ai aussi envie de pleurer parce qu’elle ne sait pas tout le bien que je nous lui souhaite. J’en fais des tonnes pour trouver un moyen de substitution, mais y’a vraiment pas d’équivalent à l’amour que je lui porte.

Quand elle n’est pas là, je réfléchis. Trop.
Je me dis que je suis forcement une personne bien, parce que je me sacrifie pour ne pas être égoïste.
Je me dis qu’un jour ou l’autre, la vérité éclatera et on se rendra compte que même les deux genoux à terre, j’ai tout fait pour privilégier l’autre avant ma petite personne.

Le problème, c’est que je ne sais pas à quoi ça sert. Si encore, je me disais que mes efforts seraient forcement récompensés à la fin de l’histoire, je continuerai sur la lancée le coeur léger. Mais non, je n’oublie jamais que si ça se trouve, je fais tout ça pour rien. La fierté personnelle, c’est du vent…

—50 : SMS

« Coucou. J’espère que je ne te dérange pas. Je t’envoie ce message pour te dire que tu me manques. Vraiment. J’aurais pas du te laisser partir. Et je t’aime encore. Depuis tout ce temps, j’ai vraiment essayé de ne plus penser à toi de cette façon, mais il est clair que j’ai besoin d’être avec toi. T’es la seule à me comprendre, et t’es aussi la seule que j’ai envie de comprendre. Appelle-moi quand tu as un peu de temps. »

Puis j’efface ce message.

« Coucou. Je t’envoie ce petit message pour savoir comment tu vas en ce moment. »

—49 : Oui mais non

La voir passer en une seconde des larmes au rire.
Ne pas comprendre pourquoi.
Réfléchir.
Ne pas remarquer qu’elle s’éloigne.

MERDE.

Je viens de comprendre.
Elle a mal interprété mes propos. Elle vient de s’enthousiasmer sur une incompréhension.
Que faire ?
De toute façon, elle n’est plus là.

J’ai tout le temps de faire le point.

Si je lui dis qu’elle s’est complétement plantée dans l’interprétation de mes mots, je la fais souffrir. Une fois de plus. Et je serais donc reparti pour un cycle où je la réconforte, qu’elle s’imagine des choses, et qu’elle me fasse une nouvelle déclaration… Je commence à le connaître ce cycle.

Si je ne dis rien, je me mens à moi-même. Bien que je trouve cela excessif, je pense que j’ai envie de la jouer « sens du sacrifice ». On ne pourra jamais dire que je ne suis pas un mec gentil en sachant ce que je suis capable de faire pour éviter de blesser les gens.

Mon raisonnement est bancal, mais au moins, il existe…
Pourquoi a t-il fallu qu’elle comprenne mal ce que je lui disais ?

—48 : The Mindfucker

C’était prévisible. À un moment ou à un autre, elle l’aurait dit de toute façon…

« Tu as l’art de te prendre la tête ».

Elle a vu juste.
Et comme à chaque fois, je suis à la fois heureux et vexé à l’arrivée de cette constatation.

Heureux parce que je me dis qu’enfin, on commence à comprendre que derrière cette décontraction apparente, il y a une machine un peu déréglée qui cherche pertinemment à retrouver un sentiment de logique.

Vexé parce que généralement, la découverte pour l’autre de ce détail important se fait souvent de façon dédaigneuse, comme si j’étais le seul à le faire, et que surtout, c’était une mauvaise chose.

Surtout que ce qu’elle ne voit pas, c’est que si je me prends effectivement la tête, c’est parce qu’elle ne m’aide pas à la comprendre.

Elle.
Elle qui est tout sauf mystérieuse.
Elle qui fait une chose et son contraire et qui pense que je ne vais pas le remarquer.
Elle que je déteste un peu parce qu’elle me laisser ranger le bordel qu’elle est entrain de foutre.

J’ai limite envie de lui gueuler dessus. Je n’aurais pas besoin de chercher une logique si elle l’était.
Mais faible comme je suis, il suffit d’un sourire ou d’une absence de sa part pour que je veuille rester près d’elle… pour mieux la connaître.