—88 : Nouvelle vague

J’hésite à écrire cette histoire.
Parce qu’elle sonne faux.
Parce qu’elle me fait encore mal.

J’étais assez fier de l’inviter à nous rejoindre.
J’étais surtout étonné par l’idée qu’elle accepte mon invitation.

La soirée s’annonçait énorme.
Avec lui, on avait d’ailleurs tout organisé pour que tout se déroule dans une bonne ambiance.

Ben non.
Calme plat.

D’une fête prévue pour 100 personnes, nous étions passés à une quinzaine d’âmes dans une salle vide.
Et c’est donc assis sur ma chaise que j’ai pu observer le rapprochement entre lui et elle.

Mais le pire était à venir.

Nous voilà donc à dormir tous les trois dans le même lit.
Je me souviens encore du bruit de leurs baisers toute la nuit. Torture mentale et physique.

Je ne sais plus si je lui en voulais à lui pour m’avoir « volé » mon petit rêve inaccessible, ou à elle de ne pas avoir vu que je souffrais de la situation.

Et je n’ai rien dit. J’ai souffert en silence.
Le bonheur des autres avant le mien.

—87 : You give me fever

S’il fallait une preuve que je ne contrôle pas toujours ce que je dis, ça serait celle-là.

Entre elle et moi, les discussions durent des heures. Les sentiments se cachent dans les banalités, tout se passe bien. Je m’attache chaque seconde un peu plus, et comble de l’absurde, mon esprit dépendant joue aux montagnes russes de façon presque physique.

Comment lui dire à quel point j’ai envie d’être avec elle ?
Réponse : avec une scène de Spider-Man 3.

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Au moment où j’entame cette comparaison, je sais que je suis sur une piste glissante. À tout instant, je peux devenir ce cliché du mec bizarre qui a déjà réservé sa place aux trois prochaines conventions Star Trek à travers le monde.

Mais d’un autre côté, je ne vois pas mieux que ce petit bout de scène du Jazz Club pour lui exprimer de façon « claire » ce qui ne l’est pourtant pas dans ma tête.

Comme une pulsion.

Plus je lui explique la scène, son déroulement, ce que j’en retire, plus j’entre en phase avec elle. À la fin de la démonstration, elle semble avoir compris. Bien compris même.

C’est donc comme ça qu’on crée des moments de pure complicité ?

—86 : Expectation / Reality

Avant.

Je veux absolument la voir.
Lui parler.
Lui prendre tout son temps.
Non.
Qu’elle décide de passer tout son temps avec moi.
C’est mieux.
Je veux lui chuchoter quelques mots à l’oreille.
Je veux la voir sourire.
Je veux sentir son regard complice.
Je veux lui dire qu’elle est belle.
Je veux être surpris par le fait qu’elle est encore plus belle quand je le remarque.
Je veux lui prendre la main.
Je veux poser ma main délicatement sur le bas de son dos.
Je veux l’embrasser.

Après.

Je vais pleurer.
Je veux que ça s’arrête.
Je veux être avec elle.
Ou je veux me réveiller uniquement les jours où les choses se passent bien.
Je veux qu’elle m’envoie un message.
Je lui envoie avant.
Je lui dit des choses que je n’ai pas pu dire tout à l’heure.
Elle ne repond pas.
Je me dis que je ne lui envoie pas d’autres messages avant qu’elle se manifeste.
Je m’énerve.
Je me sens triste.
J’en ai marre.

—85 : J’ai (enfin) rêvé d’elle

La nuit porte souvent conseil.
Les rêves aussi.

J’aime cette impression.
Le songe se termine et mes yeux s’ouvrent juste à ce moment-là. Ça sonne comme des révélations.

Du coup, elle était là, pendant quelques secondes / minutes / heures. Et elle m’a fait sourire dès les premières lueurs du jour. Même si tout indiquait que cette aventure n’était pas réelle (je ne suis pas un mousquetaire), je voulais la garder comme une véritable étape de ma vie.

La pauvre, elle n’a pas dû comprendre pourquoi je la fixais de la sorte pendant une semaine juste après ce rêve.

—84 : J’ai (encore) rêvé d’elle

Ouch.
Et encore, le mot est faible.

Des semaines que je dis que tout va bien.
Des semaines que je le pense.
En fait, ça fait des semaines que j’évite le problème.

Ne surtout pas penser à elle.

Dès que quelqu’un aborde le sujet, j’ai ce foutu réflexe de répondre par l’humour et l’absurde. De faire comme si je n’avais qu’un vague souvenir de cette histoire. Et souvent, ça marche.

Ne surtout pas penser à elle.

Mais voilà, comment faire quand elle s’incruste malgré dans un rêve ?

Douloureuse sensation : je me revois entrain de comprendre qu’il y avait une anomalie dans ce songe. Je me disais « Non non non, ne la laisse pas venir ici ! ». Et surtout, je sentais mon cœur se comprimer à l’idée de l’imaginer à nouveau.

Putain. Ça fait vraiment mal.

Du coup, j’ai passé 10 minutes au réveil à torturer mon cerveau pour effacer ce demi-cauchemar de ma tête. Peine perdue. J’avais juste envie de pleurer. Une fois de plus. Mais je ne l’ai pas fait. Je suis peut-être devenu un peu plus fort.

Ne surtout pas (re)penser à elle.

—83 : Se souvenir des belles choses

« Nothing good happens after 2 A.M. »
J’aime bien quand la vie me prouve le contraire.

Du bruit, des gens qui dansent, qui se racontent des banalités, font semblant de connaître le prénom de leur interlocuteur.
Besoin d’une pause, je m’éclipse sur le balcon.

Je crois reconnaître ce dos. Je m’approche, et je me rends compte de mon erreur. Il est trop tard pour ne pas bafouiller quelque chose.

« Ça va ? »

Elle me répond que ça pourrait aller mieux.
Syndrome du héros.

Elle m’explique le problème, je l’écoute, et elle me devance en me disant que ça va passer, que les choses ne vont pas durer.

La soirée continue. La salle se vide, certaines personnes restent.
Syndrome du premier métro.

Deux filles, deux garçons, deux directions.
Séparation.
Lui et l’autre elle.
Elle et moi.

Nous nous retrouvons donc ensemble, dans ce métro, à parler rapidement de nos vies.
On ne se connait pas, mais je lui explique mon point de vue sur certains aspects de son histoire.
Ça pue le pessimisme, mais elle ne m’en veut pas.

N’empêche, pour me faire comprendre, je lui raconte certains détails de mon parcours.

Je ne sais pas si c’est la fatigue ou si c’est le fait de parler avec elle, mais les mots que j’utilise ne sont pas les mêmes. Il y a une nouvelle vérité dans mes phrases.

Du coup, je m’écoute.

J’aurais aimé que ce trajet dure un peu plus.
J’aurais aimé continuer à parler avec elle.
J’aurais aimé me parler un peu plus.

Il va falloir trouver une façon de revivre ça.

—82 : Rendez-vous

« Tu sais que [XXX] t’attend derrière [LIEU] ? »
Une grande partie de moi sent le piège. Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce lieu ?
L’autre partie veut y croire.

Il est tard, mais j’y vais.
Pendant tout le trajet, je souris autant que je m’inquiète.

Si l’information est vraie, je n’aurais qu’à me laisser porter par son envie de me voir.
Si l’information est fausse, je devrais vivre avec cette idée que n’importe qui peut jouer avec moi avec les bonnes armes.

J’arrive sur le lieu du rendez-vous.
Personne.
J’attends un peu.
Un peu plus.
J’attends vraiment.
Personne.

Je retourne au lieu A.
J’interpelle le messager.

« Ben elle est repassée, elle te cherchait. Je crois qu’elle est là-bas maintenant »

Autre lieu, autre décision à prendre.
J’y vais.

Et encore personne.
Même rituel. J’attends parce que je ne sais faire que ça.

Retour au point A.
Avant d’entendre un autre mensonge, je décide de frapper le premier :
« Tu serais pas un peu entrain de te foutre de ma gueule ? »
« Si, mais c’est tellement drôle de te voir courir après elle. »

Je ne sais pas si c’est vraiment drôle.
Mais c’est un peu pathétique, c’est vrai…

—81 : S.O.S.

Quand je parle d’elles, je parle de moi.
Donc ça fait déjà 80 fois que je fais des monologues.

L’incompréhension me tue. C’est un fait.
Et j’ai toujours eu ce besoin de sentir que l’autre savait ce qui se passait dans ma tête, parfois même avant moi.

Mais voilà, elle

Ne pas la comprendre, c’est se dire que je ne comprends plus grand monde. Et donc accepter que les choses peuvent se passer sans que je puisse les ranger dans des dossiers de couleurs et me sentir rassuré dans mon petit confort quotidien.

Je n’ai plus pieds, même dans le petit bassin.
Je commence à croire que je ne sais plus nager.
Et je me demande surtout si j’ai vraiment su un jour.

Elle me fait douter sur toutes les autres.

—80 : Comme une veille de rentrée des classes

Je suis là, dans ma chambre, dans mon lit, il fait noir.
D’un seul coup, l’évidence me revient en tête : demain, c’est la rentrée.

Je panique sans aucune raison valable.
Ce n’est pas comme si je venais de le découvrir. Un peu plus de deux mois que j’anticipe cette date.

Mais voilà, cette pensée soudaine m’empêche de dormir. Bien que l’évènement soit anodin, je me rassure en imaginant toutes les possibilités de la journée de demain.

J’ai à la fois hâte et peur d’y être.

Je ne sais même plus à partir de quel jour j’ai commencé à barrer les jours. Mais aujourd’hui, nous sommes le 24 décembre, il est 8h52. Dans exactement quinze heures et huit minutes, on pourra ouvrir les cadeaux.

Mais là, il est toujours 08h52.

Puis à un moment, il est 14h06.

Et là, 19h47.

On est à table. Je mange du pain. Je regarde ma montre. Je bois de l’Oasis. Je regarde ma montre. Je me dis que je devrais essayer de ne pas regarder ma montre. Je regarde ma montre.

Il est 20h32.

Je me dis que c’est bien les heures en vingtaine. Ça sent la fin.
Je commence à imaginer les cadeaux qui m’attendent. Est-ce que ma liste aura été respectée ? Est-ce que je serais déçu ?

Il est 23h59.
Il est minuit.

J’attends trois secondes pour voir si quelqu’un d’autre se dévoue… personne.

« Il est minuit ».
« Oui, mais on mange là ».

J’ai juste envie de pleurer.

Demain, je la vois.
Je suis impatient.

—79 : Pas mieux qu’elle(s)…

Soudain, je me rappelle que je ne suis pas mieux.
Parfois, il m’arrive d’ignorer l’autre.

D’abord elle d’un côté.
Puis moi du mien.
Elle et moi par accident.
Et enfin, moi surtout sans elle.

Aujourd’hui encore, je trouve la situation assez drôle et improbable. Et même le dénouement me semble logique.

Mais puisque j’ai tendance à croire que je souffre parce qu’on m’abandonne, peut-être faudrait-il que je me penche un peu sur ces fois où j’ai fui sans me retourner.

Ce qui n’est arrivé que deux fois.